Gitane Demone Quartet – Substrata Strip

27 Déc 18 Gitane Demone Quartet – Substrata Strip

Ceux qui cantonneraient l’Américaine Gitane Demone a un rôle d’ornementation vocale et de partenariat amoureux avec Valor Kand du temps du Christian Death post-origines ont, à vue de nez, deux ou trois trains de retard.

Gitane est une activiste de L.A.. C’est une femme qui s’assume solo depuis un bail (fin des années 1980) et dont les pérégrinations ont, à terme, accouché d’un partenariat unique en studio avec Rozz Williams (Dream Home Heartache, 1995). Gitane n’a jamais eu peur d’oser, arpentant des terrains aux reliefs accidentés : deathrock, jazz, electro, cabaret. Et avec son actuel Quartet, l’ex-muse de Kand confirme ses velléités. Au menu : chant incarné, puissance d’évocation et d’expérimentation. Une maturation et suite plus que fameuse donnée au déjà remarquable premier opus, Past The Sun (2017).

À travers l’expérience du Quartet, Gitane renoue avec une partie fondamentale, cruciale de l’histoire de Christian Death. L’histoire des origines, celle qui a précédé Valor. Le phénoménal guitariste Rikk Agnew (ex-Adolescents et membre de la mouture première du Death de Rozz Williams – un Agnew que Gitane ne rencontra pas dans le contexte du groupe) reste en effet de la partie aux côtés de Deb Venom (claviers, basse, programmation) et Paul Roessler (claviers, programmation). Leur second album commun, Substrata Strip (du nom d’un club dans lequel dansait visiblement Deb), est plein d’une religiosité trouble et d’ambiances en rapport. Les cloches sonnent tout au long de la troublante et psychotique sculpture « Bells For Barbara ».

Gitane [optical illusion ! – source : Demone Quartet official FB]

S’impose en 2018 une manufacture plus stylée encore que celle du premier album, dont un certain nombre de mélodies marqua. Ce Quartet aide Gitane à poser des jalons parmi les plus sûrs stylistiquement de toute sa carrière, en comparaison aux éclats relatifs de choses telles que Demonix ou Stars Of Trash (l’album pop/rock/metal avec les membres de Dreadful Shadows). Sur Substrata Strip, les éclats expérimentaux en sont d’authentiques, assumés (« Retrospekt », quelque éclat jazz dans un décor pré-apocalyptique, et dont la paternité réelle revient évidemment à Sun Ra, vieille obsession personnelle de Gitane).

C’est, de visu, un moment d’accomplissement personnel. L’acide présence de gorge de Gitane est plus reconnaissable que jamais. Elle fond dans une musicalité coulée et belle une vibration dérangée et interrogatrice (« Amaranthene », l’une des plus belles chansons de l’ensemble). La théâtralité déployée par Gitane, à la différence de ses fulgurantes incursions jazzy ou plus criardes et démonstratives dans les armatures de Christian Death, déploie une sensualité certes ambivalente. Pour autant, elle est plus évidente et profonde qu’à l’époque de la collaboration avec Valor.

Et le jazz demeure, quelque part, dans le bouillon de synthèse et de guitares. Rien ne sonne « forcé » ou « fait exprès », ces choses coulent d’elles-mêmes. Les guitares ont un lyrisme éventuellement acerbe, mais ne bavardent pas : elles intègrent une concoction. Ressurgit à travers elle une noirceur punk sans que les guitares aspirent à domination. Ceci amène le groupe à une réussite esthétique et climatique. De confondantes ambiances naissent. Les couleurs défient toute catégorisation, quoique faisant écho à nombre de codes exposés par les productions antérieures des protagonistes principaux (« Kill War », à ne pas s’en remettre). Et leur projection actuelle ne tient pas que du phantasme : le groupe part du réel et le premier morceau, « Douglas Street », narre l’histoire d’un meurtre survenu dans la rue où vivent Rikk et Gitane. La chanson happe et vous transporte vers une urbanité envoûtante, décalée, à la limite du vaudou. Gitane, vocalement, est à un pic.

Tout Substrata Strip s’est construit empiriquement, le groupe parlant d’un processus plus instinctif que conscient. Le résultat est sensiblement plus tendu et concentré, moins Suicidesque que celui du premier album. Tout se terminera dans le recueillement (« Prayer for Peace ») avec ce sentiment à l’écoute, d’une force d’identité en pleine affirmation. Beau pied-de-nez que celui de Gitane au destin, qui offre sur ses années matures, très certainement, ses disques les plus personnels et fascinants.

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> ENTRETIEN AVEC LE QUARTET SUR SUBSTRATA STRIP
Regen Magazine

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