S. Craig Zahler – Exécutions à Victory

28 Fév 18 S. Craig Zahler – Exécutions à Victory

Cette réédition en poche d’un des titres qui marqua les débuts de la collection Néonoir chez Gallmeister est aussi l’occasion de se replonger dans l’univers de S. Craig Zahler après que celui-ci se soit fait remarquer par des films fort recommandables dont Bone Tomahawk (2015) et Brawl in Cell Block 99 (2017). Ce Exécutions à Victory a lui même été acheté par la Warner pour une adaptation avec Leonardo DiCaprio et Jamie Foxx dans les rôles principaux alors que Zahler est en postproduction sur le prochain épisode de la série horrifique Puppet Master. À la quarantaine bien entamée, l’auteur, également musicien de heavy metal, est juste en train de commencer une carrière fructueuse à la fois en tant que romancier, directeur de la photographie et réalisateur, et on se doute de tout le travail qu’il y a eu derrière avant d’y arriver. Sur-productif, Zahler aime jouer avec les genres, et on oscille souvent entre le western, le roman noir et l’horreur la plus gore. Exécutions à Victory est bien représentatif de ce mélange. Son style, apprécié autant par Jack Ketchum que Joe R. Lansdale, se caractérise par une grande brutalité, tellement excessive qu’elle en frise l’humour noir.

Traduit par Sophie Aslanides, Exécutions à Victory (de son vrai titre, Mean Business on North Ganson Street) commence très fort avec une mise à mort à coups de cadavres de pigeons d’un clochard par quatre flics. Puis départ pour l’Arizona. Jules Bettinger, cinquante ans, vient de faire une grosse bourde. Un homme d’affaires, mari de la sœur du maire de la ville, se suicide. Juste avant, il avait eu un entretien avec Bettinger au sujet d’une disparue dont il était amoureux, mais qui n’était apparemment qu’une prostituée engagée pour lui soutirer son pognon. Jugé responsable, Bettinger n’a que deux options, soit être viré soit accepter d’être envoyé à Victory, dans le Missouri, un endroit où le nombre de meurtres et de viols est juste effarant. Il part ainsi avec sa femme et ses deux enfants vers ce bled de 26 000 habitants où il n’y a même pas un policier pour mille personnes. Dès l’arrivée, la planche en bois qui annonce « Bienvenue à Victory » est recouverte d’excréments. Immeubles délabrés, décor dévasté, on plonge en plein territoire post-apocalyptique. Dans cette ville où tout le monde est armé, où les adolescents sont héroïnomanes, où les chats morts sont cloués aux poteaux électriques et où les pitbulls s’assoient sur le siège avant des bagnoles, les crimes monstrueux font partie du quotidien. Les premières affaires donnent la couleur : cadavre torturé par un nécrophile, mère sadique qui maltraite son gamin de six ans, retrouvé couvert d’hématomes et de matières fécales. L’associé de Bettinger, Dominic Williams, n’est lui même qu’une brute, et son coéquipier Tackley carrément du genre vicieux. Inutile de mettre tout ça sur le compte de la pauvreté, les habitants de Victory sont bien des bêtes sauvages. Bettinger va alors se retrouver à enquêter sur des exécutions d’agents de police, et ses camarades ne sont pas blancs dans cette affaire. Pourquoi ce nettoyage de flics dont les pénis et ovaires sont arrachés? Qui commandite tous ces crimes? Bettinger est-il le prochain sur la liste? Comment va-t-il survivre dans cet environnement hostile avec sa famille?

Bains de sang, tortures et mutilations, corps calcinés, yeux crevés, têtes déchiquetées, Zahler n’est pas avare sur les descriptions. Il ne nous épargne rien et son thriller pourra sembler bien hard même pour les fans de hardboiled. Si cette histoire de vengeance renvoie aussi aux westerns, l’auteur ne cherche pas le mélodramatique mais insère de nombreuses touches humoristiques en évitant tout manichéisme. Et si nous sommes au cœur d’une guerre urbaine, celle-ci a en grande partie été initiée par les policiers eux mêmes qui n’apparaissent que comme des porcs débiles (et Bettinger lui même n’y échappe pas, emporté dans des cercles vicieux de violence). Dans cet environnement, tout le monde est désigné par sa couleur de peau et son ethnie, comme si personne ne pouvait échapper à sa condition. Les tueurs peuvent être masqués comme dans les giallos ou les slashers, et la compassion n’est juste qu’une autre absurdité. Totalement cinématographique, Exécutions à Victory offre une vision très noire de la vie, d’où la surprise relative de voir cet étalage d’atrocités se terminer sur une forme d’happy end ! Tendu, incisif dans ses dialogues, parfois un peu maladroits ou carrément grossiers, le roman aligne une belle galerie de psychopathes et flirte même avec l’anticipation ou la dystopie. Personne ne sortira indemne de ce trip viscéral. Pas même le lecteur.

À conseiller également l’autre roman, plus typé western, paru en parallèle chez Gallmeister : Une assemblée de chacals.

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