Michaël Mention – Bienvenue à Cotton’s Warwick

20 Déc 16 Michaël Mention – Bienvenue à Cotton’s Warwick

L’univers des rednecks et des culs-terreux dégénérés est définitivement à la mode dans le roman noir ces derniers temps et on ne va pas s’en plaindre. Cette fois-ci, c’est Michaël Mention qui s’y colle, en situant son nouveau roman, non pas en Angleterre ou en France mais dans l’outback australien. Contrairement aux autres auteurs qui restent plus ou moins campés sur les règles du polar, l’auteur ici choisit de rendre hommage à un certain cinéma d’horreur et d’exploitation des années 70 et 80 et le résultat est tout aussi haletant et jubilatoire. Niveau écriture, il y a du Jack Ketchum, du Kenneth Cook (Réveil dans la terreur) et du Douglas Kennedy (Cul-de-sac). Mais c’est surtout au cinéma qu’on pense, et on trouvera des références à Razorback, Massacre à la tronçonneuse, Malevil, Les Oiseaux et même au film Les Crapauds et à tout le courant de terreur écologique et de révolte animale, mâtiné d’une bonne dose de survival et de hicksploitation.

Pour planter le décor, il suffit d’imaginer un village avec un petit cimetière à l’entrée. Les habitants sont au nombre de dix-sept, tous armés, avec une seule femme, les autres demoiselles ayant décidé de pratiquer le suicide collectif. La température dépasse régulièrement les cinquante degrés dans l’après-midi et la population survit en mangeant de la viande de kangourous et de sangliers. Les habitants, tous bestiaux ou dégénérés (souvent les deux à la fois), se donnent rendez-vous au seul pub du coin, celui de Karen au Warwick Hotel, où ils passent leur temps à se raconter des blagues zoophiles. La bière est le seul carburant pour tenir le coup dans cette fournaise, en particulier la Vibi, élixir local. Dans le bled, on compte un mécano, un tondeur de moutons, un chasseur, un nain fossoyeur, des jumeaux ou encore Biba, un aveugle attardé que la population déguise en femme et qui sert de réceptacle à tous les besoins sexuels des habitants. Parfois, Bibi tête même le sein de Karen qui en a fait son protégé. Car à Cotton’s Warwick, les pulsions explosent sous la canicule, les gens se branlent devant tout le monde, et ce n’est pas Quinn, le Ranger pervers qui règne sur tout ce petit monde, qui va les en empêcher. Figure tyrannique comme on en trouve souvent dans les films de rednecks (Trapped), il applique ses propres règles et personne n’ose lui tenir tête, même pas l’autre violeur obsédé de Sam. Quinn fait d’ailleurs aussi office de maire.

Les choses se corsent quand on retrouve le cadavre du menuisier Pat. Après une autopsie, il s’avère que ce serait juste une insolation. Pourtant, c’est ensuite au tour de Shaun d’être tué par des kangourous, puis à Mitch d’être attaqué par un razorback, ces porcs sauvages et énormes du désert australien. Les animaux semblent enragés et on n’a pas connu de telle hécatombe depuis le suicide des femmes. Les mouches s’agglutinent et les cadavres s’amoncellent. Une inspectrice de la Road Transport Society vient enquêter, mais le carnage continue jusqu’à ce que les survivants se retrouvent pris au piège dans l’abattoir local, où travaille un être étrange du nom de « L’autre ». Le roman tourne alors au huis clos terrifiant, où les personnages affamés n’auront pour survivre plus que quelques caisses de bière et d’opium. Hallucinations et bestialité vont alors prendre le dessus.

Michaël Mention n’est jamais allé aussi loin dans la brutalité apocalyptique que dans ce nouveau roman. Ayez l’estomac bien accroché : cannibalisme, nécrophilie, démence. Les revirements peuvent prendre des atours gore et on est happé dans cette écriture rapide, presque visuelle, aussi aride que le décor. D’emblée, les personnages sont réduits à des besoins basiques et leur sauvagerie féroce n’a d’égal que l’hostilité du monde naturel. Les thématiques chères au genre sont toutes là (la chasse, la beuverie, les viols, la barbaque…) et le décor devient vite aussi cauchemardesque qu’une rencontre entre Wake in Fright et Wolf Creek, avec même des petites touches à la Assaut de Carpenter. C’est jouissif, ça sent la sueur et la chair morte pourrissante au soleil. C’est bien sale et primitif, et la sauvagerie vient autant de l’intérieur que de l’extérieur. Le style est impeccable, nerveux, jouant de la présentation sur la page avec efficacité – ce genre de littérature optique dont Alain Damasio ou Mark Z. Dianelewski ont su faire très bon usage. Si vous aimez les histoires de pauvres Blancs à qui il ne reste pas grand-chose d’humain ou les ambiances imbibées, dégénérées et monstrueuses des petits bleds cul-de-sac popularisés par Erskine Caldwell et Harry Crews, vous y trouverez votre compte. L’auteur se permet même des petites touches humoristiques en diffusant sur les ondes radio des musiques en décalage absolu avec l’atrocité des actions perpétrées.

Un livre pas gentil et bien féroce. On adore !

http://www.ombres-noires.com/

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