Jérôme D’Estais – Andrzej Zulawski : sur le fil

14 Mai 16 Jérôme D’Estais – Andrzej Zulawski : sur le fil

Immense cinéaste, auteur de films aussi puissants que Le Diable (1972) et Possession (1981), Zulawski a, au travers de treize longs métrages, proposé une œuvre vive, énergique, provocante, que beaucoup associent au chaos, à l’excès et à l’hystérie. Publié avant l’annonce tragique de son décès le 17 février dernier et suite à la sortie en salles de son dernier film, Cosmos, ce livre de Jérôme d’Estais est autant la lettre d’amour d’un fan qu’une très belle manière d’entrer dans l’univers visuel et sonore de l’écrivain/cinéaste d’origine polonaise, en comprendre le langage et les thèmes.

Né en 1940 à Lvov, Zulawski a fait une partie de sa scolarité en France, ce qui explique sa maîtrise parfaite de la langue et au final il aura passé plus d’années ici que dans son pays natal. C’est en France aussi qu’il trouvera ses muses, celles qui illumineront plusieurs de ses œuvres. Comment oublier le regard embué de larmes de Romy Schneider alors qu’elle fait face à la caméra dans L’important c’est d’aimer (1975) ? Ou la scène de performance terrifiante d’Isabelle Adjani dans le métro berlinois pour Possession? Puis il y aura bien sûr Sophie Marceau à qui il offrira ses meilleurs rôles et avec qui il partagera la vie pendant quinze ans.

Pour appréhender ce corpus complexe dans lequel la passion amoureuse joue un rôle majeur, D’Estais a divisé le livre en cinq chapitres, cinq verbes : mettre en scène, créer, aimer, transcender, lutter. C’est un choix judicieux quant à un cinéma de l’action, de la vitesse, du mouvement, où la caméra portée peut tournoyer autour des acteurs, un peu dans le style de certains plans séquences de Fassbinder, jusqu’à provoquer un profond vertige. Chez Zulawski, la caméra danse et les acteurs ont la fièvre.

L’auteur revient sur les influences du cinéaste (Bergman, Fellini, Kubrick, Peckinpah entre autres, tout comme des courants cinématographiques comme l’expressionnisme, le baroque et le surréalisme), sa parenté avec d’autres polonais (Polanski, Skolimowski) mais aussi sur toutes les pratiques qu’il rejette (l’improvisation, le réalisme, la beauté visuelle qui prime sur le jeu d’acteur…). Ses thèmes majeurs sont passés en revue (le double, le mystère, le Mal), tout comme ses techniques caractéristiques (ces incroyables travellings circulaires !) et sa conception toute personnelle du métier d’acteur. À travers sa recherche d’émotions primitives, on s’aperçoit bien vite avec les interviews rapportées que les comédiens ont soit adoré leur expérience avec Zulawski soit détesté.

D’Estais passe en revue de nombreux aspects du travail du cinéaste : la spiritualité, la musique, la guerre sur le plan politique et amoureux, les accouchements horrifiques et la représentation extrême et abjecte du corps mais aussi son goût pour la langue théâtrale, pour Dostoïevski, Shakespeare et Gombrowicz. Les réflexions ne donnent pas forcément de réponses quant à une œuvre pas toujours aisée à déchiffrer mais elles offrent un bagage intellectuel fort appréciable, elles flottent dans le style très fluide de l’auteur tels les corps dans un ballet qui se contorsionnent au rythme des convulsions du monde.

LETTMOTIF ONLINE
www.edition-lettmotif.com/

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 80%

Site du groupe / MySpace :
Be Sociable, Share!