Alex Taylor – Le Verger de Marbre

11 Juil 16 Alex Taylor – Le Verger de Marbre

Encore une belle trouvaille de Gallmeister que ce Alex Taylor. S’inscrivant dans la lignée de la vague « hillbilly noir » ou « country noir », l’auteur revisite le roman noir classique en le mêlant à la tradition des auteurs gothiques du Sud. On pense notamment à Larry Brown ou Cormac McCarthy – le titre même du livre semble s’en référer au Gardien du Verger – en raison d’une prose habitée, malgré le caractère totalement sinistre de l’intrigue. Alex Taylor a surtout hérité de ces auteurs un sens du lieu qui nous permet de visualiser le Kentucky rural où il a grandi et qui sert de décor à ce récit.

Beam Sheatmire a 19 ans, narcoleptique et solitaire. Sa famille gère le ferry qui parcourt la Gasping River dans les deux sens. Mais un jour où il remplace son père, un passager tente de lui voler la caisse et Beam le tue. Par malheur, le macchabée se révèle être le fils du gangster local, Loat Duncan. Une seule solution pour Beam s’il veut rester en vie : fuir à travers les sentiers de chasse et les forêts. Loat ne tarde pas à se mettre à ses trousses armé de ses six dobermans et accompagné de son gros bras Presto Geary, tout comme Clem, le père de Beam, qui cherche à protéger son fils du destin fatal qui l’attend, et le shérif du comté. Mais les choses vont encore s’envenimer quand un routier tueur à gages se mêle à l’histoire et qu’une jeune fille du nom d’Ella décide de prendre la défense de Beam.

Fusillade, viol, vengeance, charcutage et lourd passé familial, les ingrédients de ce thriller rappellent étonnamment les westerns, avec un sens du tragique et de la sauvagerie parfaitement maîtrisé par l’auteur. Dans cet univers, tout semble condamné, voué à l’inéluctable. Les erreurs du passé conditionnent les horreurs du présent. Il y a quelque chose de presque existentiel dans les états d’âme de ces personnages confrontés à l’impossibilité de revenir en arrière. Fable morale mâtinée d’un fort sentiment de tristesse et de quelques touches d’humour noir, Le Verger de marbre parle aussi de la nécessité de partir et de quitter le lieu, la famille, pour se reconstruire et essayer de survivre, même si la mort attend toujours au bout du chemin. Plus que Beam encore, criminel malgré lui, c’est bien la nature qui tient ici le premier rôle, superbement décrite par un écrivain qui évoque une imagerie poétique et dont on sent un vrai amour de la langue dans cette traduction d’Anatole Pons. Après un premier recueil de nouvelles en 2010, The Name of the Nearest River, pas encore disponible en français, Alex Taylor s’affirme comme un très bon styliste. Il se trouve que justement il avoue avoir toujours été attiré par la forme poétique. Il nous offre en tout cas un thriller de très bonne facture qui parlera aux amateurs de contes lugubres en rase-campagne et de Southern Gothic et qui a bénéficié – excusez du peu – des éloges de Donald Ray Pollock.

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Note : 75%

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