Cancel The Apocalypse : Enter the Void

17 Nov 16 Cancel The Apocalypse : Enter the Void

De rencontres inattendues naît parfois une musique hybride, improbable. C’est le cas de Cancel The Apocalyspe qui parvient avec son premier album à entrelacer les énergies brutes des intentions screamo / hardcore avec la délicatesse d’instruments d’une tradition classique. Violoncelle et guitare acoustique rencontrent un chant écorché dans Our Own Democracy et entrouvrent des portes inédites à ce jour. Rencontre avec Arnaud Barat, guitariste inspiré de cette formation surprenante, porteuse d’un langage aussi singulier qu’émotionnel et incandescent.

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Obsküre Mag : Quelles sont les énergies et les motivations qui vous ont poussé à composer cet album ?

Arnaud Barat : L’envie de faire un disque de hardcore acoustique, donc sans guitares électriques, qui navigue entre métal, musique classique, post-rock et je ne sais quoi… (rires) Me concernant, une de mes motivations a été la possibilité de travailler avec Matthieu Miegeville, qui selon moi était la meilleure voix pour ce type de projet.

Certains d’entre vous habitent Bordeaux, d’autres viennent de Toulouse. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Audrey (N.D.L.R. : la violoncelliste) et moi, les Bordelais, avons fait nos études de guitare classique et joué ensemble à la fin des années 2000 à Bordeaux. Nous connaissions le travail de Matthieu depuis longtemps et j’avais été bluffé par la performance de My Own Private Alaska à Nîmes en 2009. En fait, travailler avec Matthieu était un peu comme un vœux sous forme de blague entre Audrey et moi, depuis quelques années. Un truc pas réalisable. Sauf que ce coquin a répondu partant quand je lui ai envoyé mes morceaux par mail. Puis on s’est rencontrés lui et moi pour en discuter, voir quelle vision on avait sur les registres vocaux et jauger si on pourrait éventuellement se supporter (rires). A peu près convaincus, on s’est dit que tout était possible. Audrey s’est naturellement inclue dans le processus de composition : elle a spécialement repris le violoncelle pour étoffer les compositions et six mois plus tard on s’y mettait pour de vrai avec Matthieu. Par la suite, Jérémy qui avait déjà joué avec Matthieu est venu nous prêter main forte pour la batterie lors de répétitions sur Toulouse, il a enregistré l’album puis à laisser sa place à Helios pour la suite, lui aussi Toulousain.

Our Own Democracy est censé être un « one shot » ou est-ce simplement le premier album d’un nouveau groupe ?
Disons qu’on va voir la tournure des événements ! Je crois qu’on a tous envie de vivre vraiment ce projet à fond, mais on ne peut forcer les gens à y adhérer. Tout va dépendre des réactions du public, s’il nous fuit ou pas ! Le style à la croisée des chemins n’est pas forcément le plus simple à défendre. Personnellement, je souhaite un deuxième album, après un certain temps pour digérer le premier !
img_3822La rencontre d’une instrumentation académique / classique avec la rage et l’énergie screamo / hardcore est assez improbable, bien que très réussie dans votre cas. Est-ce que vos univers musicaux respectifs parviennent facilement à fusionner à travers vos influences ? Vous trouvez facilement un terrain d’entendre lorsqu’il s’agit de composer ?
 

En fait c’est assez spécial car on se rejoint sur des plans qui n’ont pas grand chose à voir avec nos univers respectifs ou notre musique : Noir Desir, Stupeflip, Radiohead, les Stones… ou Zouk Machine par exemple (rires). Mais après, Audrey tout comme moi aimons le metal et ses déclinaisons. Ainsi, on s’entend bien avec Matthieu et Helios lorsqu’on parle de groupes comme La Dispute, Cult of Luna ou Isis. Puis on a tous grandi avec l’influence de Nirvana, Metallica ou Sepultura, donc ça crée un socle commun. Pour l’aspect musique classique, je pense que Helios et Matthieu ne détestent pas Bach, Schubert et Debussy qui sont un peu les influences de référence pour la partie classique de nos morceaux.

 
D’ailleurs, comment né un titre de Cancel The Apocalyspe ?

J’écris d’abord la partie guitare en essayant de la structurer au mieux ou de chercher un aspect déstructuré dans les structures… Là, Matthieu valide ou non l’idée. Puis Audrey et moi écrivons ensemble la ligne de violoncelle. Quand la formule violoncelle /guitare fonctionne, Matthieu colle sa voix. Il intervient parfois pour bonifier l’ensemble ou faire naître un élément. Les parties de batterie s’ajoutent à la fin du processus.

 
Les textes sont nombreux, le chant déchirant et mis en avant. Les mots semblent importants pour vous et suggèrent un message, une vision. Quelles histoires racontent Our OwnDemocracy ? 

C’est des histoires d’amours perdus, de luttes, de quête de sens et de valeurs, de perte de repères sur fond de mort des religions. Un mélange de beauté et de laideur… la vie quoi!

 
Pouvez-vous définir « votre propre démocratie » ?
 
Un 4-2-3-1 avec Michel Galabru en pointe (rires).
a-t-il deux ou trois moments forts que vous pouvez extraire de la phase de composition et d’enregistrement de l’album ? Des émotions puissantes ressenties pendant ces moments d’exaltation artistique qui auraient pu vous interpeller et que vous pourriez nous confier…

La première fois que Matthieu a posé sa voix sur « Candlelight » alors qu’il venait de débarquer, sans n’avoir jamais rencontré Audrey et joué une seule fois avec nous. En gros, trois minutes plus tard, le morceau était prêt. C’était bien, flippant et intense. Le premier départ en screamo. Il y a aussi ce dernier morceau qu’on a mis en place : Il nous en manquait un pour l’album, on faisait une pause lors d’une répétition et j’avais un enregistrement d’un morceau de guitare que je n’avais pas osé leur proposer. Ils ont accroché. Matthieu a dit qu’il entendait une ligne mélodique, on est rentré immédiatement pour jouer. Et là, « The Things that can never be done » venait de naître : Audrey et Matthieu ont improvisé leur parties d’une traite, sous mes yeux ébahis pendant que je galérais à retrouver ma partie de guitare. Magique !

img_3857Dans quel état d’esprit étiez-vous tu lorsque vous avez composé Our OwnDemocracy ?

Au moment où le groupe est entré en symbiose, on était tous en train de régler des histoires personnelles légèrement similaires, mais chacun à des étapes très légèrement décalées. Ça a dû faciliter la rencontre, la compréhension mutuelle et l’osmose. Après, il est possible que quand j’ai composé la guitare, j’ai été dans le même état que Matthieu lorsqu’il a dû poser sa voix. Donc en gros, un peu friable… toujours est-il qu’on a essayé de canaliser toutes nos émotions en énergie positive, car notre rencontre a été portée par une énergie positive. Tout simplement.

Our Own Democracy a t-il vu le jour dans la douleur ou est-il arrivé jusqu’à nous telle une évidence ?

A partir du moment où Matthieu était intéressé par l’idée, tout a été vite. Il s’est passé six mois pendant lesquels je lui envoyais de la matière régulièrement par mail. On préparait le terrain du violoncelle pendant ce temps avec Audrey aussi. Puis on s’est tous rencontrés sur trois jours et on a créé l’intégralité de l’album, hormis le dernier titre. Matthieu avait deux ou trois idées pour les voix et textes, mais c’est principalement sur ces trois jours que tout est sorti comme un geyser… très impressionnant ! Et moins de quatre mois après, l’album était enregistré.

a-t-il eu des intervenants, des collaborations extérieures au groupes lors de la phase de composition, d’enregistrement et de mixage ?

Justement, ces intervenants ont grandement aidé au fait que Our Own Democracy ne soit pas né dans la douleur. David Castel (Vidda) pour l’enregistrement a été vraiment excellent. D’abord, il a accepté notre requête de faire l’enregistrement violoncelle/guitare en premier, sur lequel se grefferait ensuite la batterie et les voix. Il a maintenu un niveau d’exigence idéal pour tout boucler en quatre jours. Et surtout, ses propositions étaient toujours bien senties : lorsqu’il trouvait que quelque chose déconnait, il trouvait des solutions instantanément parfaites! Puis Laurent Bringer au mixage a vraiment tout fait pour finaliser notre travail comme on l’imaginait. Ce mec est attentif à tous les détails. Son mix est vraiment velouté et rêche à la fois, avec de l’impact et de la puissance. Sachant qu’il avait juste pour indication de faire de la « musique de chambre post-apocalyptique ». Chapeau!

 
img_3867À quoi ressemble un concert de Cancel The Apocalypse ?
Je crois qu’on y retrouve ce qui caractérise l’album, une successions d’ambiances assez opposées. On a ordonné les morceaux différemment par rapport à l’album, de manière à créer une progression un tantinet cohérente, avec des moments de tension et de relâchement testés en laboratoire. On tente aussi de s’affranchir du disque en se réinventant à chaque concert.
Un mot sur le contexte social et politique en France… ou dans le monde ?

Ça sent le sapin.

En effet. Vos projets respectifs sont-ils plus en vie que notre monde actuel ?

Oui, carrément (rires). Audrey se produit avec le « Quatuor Éveil » où elle utilise sa guitare. Ils ont le grand mérite de défendre leurs propres compositions, ce qui n’est pas si fréquent pour un quatuor de guitare. Un enregistrement a été évoqué, suspens… Matthieu a sorti avec le pianiste Rémi Panossian le magnifique premier album des Blacks Panthers, All the sad and stupid songs of all Time. Et on attend tous avec impatience le nouvel album de Psykup, pour le retour du printemps! Et ça va le faire…

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