Jean-Paul Coillard – Rob Zombie, le Montreur d’Ombres

18 Juil 13 Jean-Paul Coillard – Rob Zombie, le Montreur d’Ombres

Déjà auteur de biographies sur Nine Inch Nails et Slayer, ainsi que d’un livre d’entretiens avec Alejandro Jodorowsky, Jean-Paul Coillard a échangé quelques mots avec nous autour d’un café, pour parler de son ouvrage paru récemment chez Camion Blanc, entièrement dédié à la musique et au cinéma de Rob Zombie.

Obsküre Mag : Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire un ouvrage sur Rob Zombie?

Jean-Paul Coillard : Il y a deux ans j’avais publié une biographie de Slayer chez Camion Blanc. Ce qui était facile avec Rob Zombie c’est qu’il n’y avait rien sur le sujet, cela a donc été plus simple pour convaincre un éditeur. Ce qui m’avait plu c’est qu’il est multicartes. Il écrit, il filme, il fait la conception graphique et il a des centres d’intérêt qui se rapprochent des miens : la contre-culture américaine, la culture pop, le cinéma d’horreur et les vieux films, le comics, le visuel et l’audiovisuel, et le rock n’ roll bien sûr. C’était beaucoup de choses liées. Ce qui m’a plu de suite, c’est qu’il est le « cinéaste rock n’ roll par excellence ». On pourrait dire que c’est une expression idiote mais ce que je veux dire c’est qu’il est tellement imprégné des deux qu’on sent qu’il y a une osmose très particulière. Quand on regarde ses shows, tout le décorum derrière les costumes, c’est du cinéma mais en 3D, en son et lumière si on peut dire. C’est ce qu’il voulait faire dès les débuts sauf qu’au départ il n’avait pas véritablement les moyens. Faire un film qu’on voit en live avec en plus la présence du public. Ce sont ses rêves d’enfant qu’il a réussi à concrétiser.

En tant qu’enfant des sixties et ado des 70’s , il a grandi avec tous ces films et ces programmes qui passaient tard le soir à la TV américaine que ses parents lui laissaient regarder, et les comics aussi. Il s’est lancé en premier dans la musique car il n’avait pas les moyens pour le cinéma, c’était bien trop cher. C’est comme cela que White Zombie, avec le nom inspiré du film, a été créé. Mais ce n’était qu’une étape. Enfant et ado, il s’est documenté. White Zombie, c’était le pied à l’étrier. Au début il faisait des fanzines, il s’occupait des pochettes, des costumes, des textes. Le cinéma restait toujours en tête. Puis ils ont été plus connus, et encore un peu plus. Et ils ont commencé à tourner des vidéos. Au début, ils n’en étaient pas très contents mais c’est là qu’il a appris le boulot. Sur le tard, il a fait une école de design mais pas d’école de cinéma. Pour le quatrième clip, il a dit que c’était lui qui allait le faire, et à partir de là il les a tous réalisés. Quand il a commencé une carrière solo, il s’est vraiment mis à l’écriture de scénario et à la réa. Il a quand même attendu 2000 pour faire son premier film House of 1000 Corpses.

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Et en plus, le film a mis du temps avant de sortir en salles.

Il y a eu des histoires avec les distributeurs qui au départ étaient très contents car c’est un artiste connu, il y avait tout un décorum et une imagerie qui leur plaisaient. Ils ont dit OK mais quand ils ont vu le résultat, ils étaient tellement horrifiés qu’ils ont refusé. C’est reparti au placard. Il a fallu attendre trois ans pour qu’un distributeur veuille le sortir. Entre temps il avait déjà l’idée du deuxième qui était The Devil’s Rejects. C’est un peu comme les Stones qui allaient en prison à l’époque pour obscénité car la censure sur son premier film lui a servi. Cela lui a fait de la publicité. C’est connu que tout ce qui est interdit se vend mieux. Même si on a eu du mal à le trouver le film au début. Après, c’était gagné. En même temps, c’est un bosseur fou et compulsif. Quand il ne travaille pas sur un film, il travaille sur un disque ou il est en tournée. C’est comme une machine qui ne s’arrête jamais.

En termes de musique et de cinéma, tout n’est que citation chez lui, est-ce que son œuvre n’est qu’un hommage aux choses qu’il a aimées quand il était plus jeune ou est-ce que ces références sont en évolution constante ?

Le cinéma et la musique sont deux sports différents, je dirais. Pour résumer, il y a une assimilation dans la musique de ses influences au fur et à mesure alors qu’au cinéma cela a été une assimilation mais aussi une réinterprétation, ce qui est très différent. Quand il a commencé White Zombie en 1985, c’était le punk qu’il aimait curieusement. Le punk hardcore. Black Flag. Circle Jerks. La scène de New York, de Washington, etc. Quelques années plus tard, lors d’une petite tournée dans un van pas terrible – ils jouaient à l’époque avec la scène noise comme Swans, – et Jay Yuenger le guitariste de White Zombie, a un jour passé une cassette de Metallica dans la voiture. C’était leur second album qui s’appelle Ride the Lightning. Rob lui fait repasser plusieurs fois de suite. Ça a été une fichue découverte pour lui. Avant, il se moquait un peu du métal, pour lui il n’y avait que le punk de vrai, et le noise ils ont été embrigadés là dedans car il fallait bien tourner, c’est pourquoi ils se retrouvaient avec cette scène. Après Metallica, il s’est tourné vers Slayer, le death, le thrash, et White Zombie est parti dans une autre direction au niveau de l’inspiration. Quelques années plus tard, quand cela a été la période Universal et qu’ils étaient devenus énormes, il fait la découverte de l’indus, des gens comme Ministry, Nine Inch Nails, il va travailler avec Jim Foetus qui va faire du remix pour lui, etc. Tous leurs disques vont être un amalgame des trois et le punk va être mis de côté. Donc il y aura beaucoup de métal, un peu d’indus, et toutes les références de cinéma dans les samples. Ces petits morceaux étaient déjà d’une certaine manière des petits films. Sur scène ils avaient déjà un décor incroyable, tout bricolé, ils n’avaient pas encore les moyens pour la pyrotechnie. Ils créaient des jungles à la Island of Lost Souls, plein de peintures sur les figures, les cheveux dégueulasses.

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The Lords of Salem

As-tu eu l’occasion de les voir sur scène ?

Oui, j’ai eu de la chance car ils ne sont jamais passés en France, je les ai vus en 1996 en Angleterre. C’était leur dernière tournée en Angleterre d’ailleurs. C’était assez incroyable. puis le groupe s’est arrêté en 98 et Rob a tourné tout seul et il n’est retourné qu’en Europe il y a environ trois ans. J’ai été le revoir à Londres aussi. C’était le jour et la nuit mais cela restait incroyable.

Pour le cinéma il a aussi avalé des tas de références. Tu parles notamment de Massacre à la tronçonneuse et de ces films qui ont fortement influencé son cinéma. Même dans son Halloween d’ailleurs, il reste encore de la culture white trash…

House of 1000 Corpses, c’est plus le fantastique années quatre-vingt, alors que Devil’s Rejects c’est entièrement ancré dans les 70’s. Pour moi, c’est un western, un Peckinpah un peu dégueulasse à la sauce Charlie Manson. C’est un peu les grands espaces. Le premier est tourné de nuit avec plus une ambiance Evil Dead, les Sam Raimi, et en même temps c’est du grand guignol. C’est son côté fan de comics délirants, son premier film est un cartoon. On lui avait demandé pourquoi il ancrait ses films dans les seventies. Il avait répondu que cette période l’intéressait aussi parce qu’il n’y avait pas de technologie. Par exemple il avait eu l’idée de Devil’s Rejects bien longtemps avant quand il tournait dans un van avec White Zombie quand ils traversaient les États du Sud, le Texas et tout ça, ils traversaient des centaines de kilomètres sans voir personne. Il voyait ces choses désertes et il se disait qu’à cette époque là ils ont mis des années à attraper les tueurs en série parce qu’il n’y avait aucun portable, rien. Maintenant ce ne serait plus possible, il y aurait tout un fatras technologique pour les retrouver, ils embaucheraient des profilers, mais à l’époque il n’y avait pas ça. C’était comme dans les westerns, le gars en cavale, qui pouvait continuer des années à tuer. On s’aperçoit d’ailleurs que beaucoup de tueurs en série connus vivaient dans des fermes, un environnement rural. Bien sûr, il y avait l’étrangleur de Boston et tout ça, mais les Bundy, les Ed Gein, les Toole ont agi dans des milieux plutôt ruraux. Du coup, ils pouvaient fiche le camp vite fait, d’un coup de voiture. Même Manson vivait dans une ferme, il n’était pas à LA. Pour être planqué et pour pouvoir bouger plus facilement.

Il y a une réappropriation du cartoon, du western. C’est vrai. Pour ses deux Halloween, il s’inspire des films de Carpenter énormément, ce que beaucoup lui ont reproché d’ailleurs. Surtout le deux. Le budget est aussi différent par rapport à ses premiers films. On peut dire qu’il s’est réapproprié le mythe. Je trouve la première partie particulièrement intéressante quand il y a le gamin qu’on ne voit pas dans les originaux. Dans le second, on lui a beaucoup reproché les parties oniriques et la morale, que c’était la mère, jouée par Mme Rob Zombie Sherri Moon, qui revenait d’entre les morts et qui le poussait à tuer les gens. Pour renouveler la famille dans la mort. Mike Myers, la mère, la petite fille, ce qui est bien tordu.

Du coup, on retrouve la thématique d’Ed Gein …

Oui, comme le masque dans Devil’s Rejects par exemple. Le masque d’ Halloween c’est un peu pareil, il est pas bien collé, ça flotte, c’est un peu dégueulasse, et le gamin n’arrête pas de se fabriquer des masques. On peut voir aussi des références à Frankenstein. A un moment le géant Mike Myers croise un gamin dans la rue, déguisé pour Halloween.

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The Devil’s Rejects

Pour revenir sur l’enfance de Rob Zombie, on retrouve beaucoup de personnages difformes dans ses films et je crois qu’il a été investi dans les carnavals itinérants, le milieu des foires.

Cela a été très déterminant pour sa vie future. Ses parents et ses grands parents étaient dans des freakshows itinérants. Ils n’étaient pas des freaks mais ils devaient s’occuper des attractions et ce genre de choses. Par exemple, il y a quelques années, il y avait un album de Rob Zombie qui s’appelait Educated Horses, qui vient directement de là. Ce sont les chevaux du freakshow. Un des parents s’en occupait et il est en photo dans le livret avec le fameux cheval. Ce sont de vraies photos de famille. Il a traîné sur la route avec ses parents et ses grands parents assez longtemps. Je crois que ce sont ses grands parents qui ont craqué, ils voulaient une vie plus normale. Ils se sont fixés dans le Massachusetts près de Salem. Ils les ont mis à l’école, etc. Je crois que le père s’occupait de meubles, d’aménagement et de décoration. Ils ont eu une maison. Les gamins, n’étant plus sur la route, ils s’ennuyaient et ils ont découvert la télévision. Les parents, très cool, les laissaient regarder ce qu’ils voulaient. Twilight Zone, Freaks… c’est quelque chose qu’ils n’ont jamais oublié.

Ils ont grandi aux Massuchusetts, pourtant ses films se passent plutôt au Texas.

Les deux premiers sont très redneck. Il a aussi fait un épisode de CSI : Les Experts Miami qui se passe à Los Angeles, où ils ont apparemment habités. Rob zombie a aussi vécu à New York et il ramait, il vivait dans des trous à rats.

Quand on connaît l’histoire du Massachusetts, on se dit que c’est bizarre qu’il ait attendu si longtemps pour faire un film dessus.

Le film arrive c’est Lords of Salem. Il n’aura pas de diffusion en salles, hélas. En Angleterre non plus. Il sortira directement en DVD. ici il sort chez Metropolitan. Les distributeurs en salles ont dû penser que ce ne serait pas assez rentable. Ses films ont une vie en vidéo. Déjà l’un de Halloween n’était pas sorti en salles. C’est une petite distribution en salles aux États-Unis aussi . Je crois que les distributeurs ne veulent plus s’embêter à louer des circuits de salles. Ces circuits sont loués pratiquement un an à l’avance donc il est évident qu’ Oblivion aura plus de salles que Lords of Salem.

Pour le livre tu t’es basé sur tous les entretiens qu’il a faits pour des magazines.

Tous ceux que j’ai trouvés. Mais je ne suis pas parti de rien. J’étais fan de White Zombie depuis très longtemps. Quand je travaillais pour des magazines comme Rage, je connaissais déjà. Je ne sais pas trop ce qui m’avait attiré mais j’avais gardé toute la documentation. J’ai continué à garder mais cela me titillait déjà car j’avais commencé à l’époque à faire un plan. C’est un projet de longue haleine. A ce moment-là, on n’avait que les magazines, maintenant avec Internet on a beaucoup d’interviews en ligne, ce qui aide énormément. C’est triste à dire mais on a presque plus besoin des livres. Rob Zombie disait que si un jour le support vinyle ne serait plus dispo, il arrêterait. Il tournera un peu mais c’est tout. Heureusement il a cette porte de sortie énorme qu’est le cinéma.

Il continue la musique en parallèle au cinéma.

Tant qu’il peut. Un nouveau album est sorti récemment.

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The Lords of Salem

L’album à conseiller et pourquoi ? Son film le plus fort et pourquoi ?

Comme c’est une carrière assez longue, il faudrait diviser. En musique il y a la partie White Zombie et Rob Zombie. Pour faire simple, il y a un coffret extraordinaire de White Zombie qui est sorti il y a quelques années. Il y a tout, avec des vidéos et des extraits live. Mais leur dernier album est aussi superbe. Pour Rob Zombie, j’aime beaucoup les premiers en particulier Hellbilly Deluxe.

Le hellbilly est devenu un genre musical d’ailleurs. Des gens comme Hank Williams III revendiquent cette étiquette.

Oui avec des relents de rockabilly. A l’époque Zombie avait créé un petit label Zombie a go go qui n’a pas duré très longtemps. Dessus, il n’y avait pas du tout de groupes metal ni punk mais plus des groupes à la Cramps, du surf punk, d’ailleurs un des groupes joue dans Halloween 2. Son premier album c’est vraiment ce qu’il a fait de mieux, parce que par exemple sur le dernier il y a des choses sympathiques mais il a une tendance à la redite. En revanche, c’est un formidable showman. Il est sauvé par ça.

Pour le cinéma, il y a quelques années, un coffret Grindhouse était sorti, moitié Tarantino moitié Rodriguez et il y avait à l’intérieur des faux trailers de films. Rob zombie en a fait un qui dure un quart d’heure, un comble du mauvais goût qui était un hommage à Ilsa, princesse du goulag, louve des SS, etc., et aux films de vampires, ça s’appelle Werewolf Women of the SS. Il y a Udo Kier, Mme Zombie et Bill Moseley en scientifique fou. Le but est de créer un commando de super femmes parmi les prisonnières dans un camp de la mort pour sauver le IIIe Reich en fin de carrière. Le savant pète les plombs. Arrivent deux fouetteuses en cuir, Mme Zombie et Sybil Danning, qui vont prendre les rennes. C’est un délire total mais cela reste un court métrage. Tout est là.

J’ai toujours adoré Devil’s Rejects, ce côté seventies, Peckinpah qui défouraille et le fait que l’on retrouve beaucoup de choses de son premier film à l’intérieur. J’aime beaucoup Halloween 2 aussi même s’il a été critiqué.

C’est quelque chose qu’on lui reproche souvent, c’est qu’il se fait un peu trop plaisir dans ses films et d’y caser toute la musique qu’il aime, quitte à ce que cela ressemble parfois à des vidéos clips. Tu penses qu’il y a du vrai dans ces critiques?

C’est vrai qu’il en met beaucoup. Il y a la musique que l’on voit en live, la musique que l’on voit à la télé dans les films, avec parfois des vieux groupes, comme les Moody Blues qui font Night in White Satin, ou de la musique en fond sonore. C’est quelqu’un un d’assez excessif, et sur scène et dans son travail. Il a fait beaucoup de scénarios de comics aussi. Il a cette liberté de le faire.

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House of 1000 Corpses

Pourtant la scène la plus forte de House of 1000 Corpses est celle où il y a du silence. S’il se mettait plus de restrictions, tu ne penses pas que cela donnerait de meilleurs films?

On retrouve aussi des scènes dans le silence dans Devil’s Rejects qui sont encore plus flippantes. En pleine nature quand ils courent et qu’il y a des ralentis. Comme disait Jodorowsky, quand un artiste peut s’exprimer, il peut avoir ses excès

Le cinéma actuel abuse d’ailleurs des effets sonores alors que le vrai cinéma d’horreur ne se fait-il pas dans le silence?

Des agneaux… Bien sûr quand tu regardes Texas Chainsaw, Last House on the left, il y a assez peu de musique….

Quand on écrit un livre sur Rob Zombie, comment on arrive à tenir le lecteur dans tout ce fatras de clins d’œil à plein de pans de la culture populaire.

Pour Rob Zombie, c’est un tout, c’est un monde. D’un autre côté, il n’a jamais voulu faire des choses plus grand public. Les Halloween ont marché, du coup on voulait qu’il ne fasse plus que des remakes des 70s et 80s c’était de l’argent facile mais il n’a pas voulu. Son prochain sujet c’est sur une équipe de hockey sur glace des 70s qui était dans son coin et dont il était fan. Il a dit qu’il avait besoin de changer, de faire des choses différentes. Cela aurait été facile pour lui de faire toujours la même chose, comme Romero, Carpenter, Sam Raimi ou plein d’autres.

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