Erdh – Interview bonus Obsküre Magazine # 13

15 Jan 13 Erdh – Interview bonus Obsküre Magazine # 13

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février  2013), www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec le binôme géniteur de Erdh, Nicolas Pingnelain et Emmanuel Lévy ( Wormfood, ex-Carnival in Coal). Une musique dense aux multiples visages dont chacun se veut le reflet d’une épopée intérieure menant au chaos. Resilent s’offre à nous mêlant guitares et machines levant le voile sur une partie « seulement » de l’âme torturée de ses compositeurs.

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Obsküre Magazine : Nous vous connaissons isolément mais dites-moi, cette complémentarité évidente, s’explique avec quels arguments selon vous ?
Nicolas:  La proximité des vécus, la proximité des influences, la complémentarité des manières de penser et un recul sur le monde de la musique, globalement, qui nous permet de garder la tête froide et de ne pas s’encombrer des bêtises stupides qui polluent la vie des groupes. De plus, Emmanuel a tout de suite accepté le mode de travail à la fois très délimité et très libre que je lui ai imposé : une structure musicale finalisée à laquelle donner une interprétation intégrale, sans lui donner aucune piste sur l’intention initiale de chaque titre. Le principe de relecture était fondamental.

Le patronyme du groupe, Erdh, a-t-il un signifiant ? Une histoire ? Quelle est-elle ?
Nicolas : Erdh a résolument une signification qui s’inspire d’une variation sur le thème de mes principales influences. Pour autant, je ne souhaite pas livrer directement la signification et laisse chacun imaginer d’où cela peut venir ! A l’origine, le projet avait pour nom « The Day I Stood Still » et a mué en Erdh assez rapidement.

Emmanuel, qu’est ce qui t’a décidé à accepter le projet musical de Nikö ? Penses-tu t’être livré plus intimement que dans Wormfood ? Est-ce que tu as dû modifier ta façon de travailler pour satisfaire Erdh (et in fine Nikö) ?
Emmanuel : Je ne me suis pas livré dans Erdh plus intimement que dans Wormfood. Avec un album comme Posthume  je suis allé assez loin dans l’introspection, de façon délibérément crue… En revanche, j’ai saisi ici l’occasion d’explorer des thèmes plus contemporains, urbains, futuristes parfois. J’étais totalement affranchi de la composition musicale, et cela n’a été qu’un pur travail d’imagination, d’illustration en mots.
Bien qu’écrivant cette fois intégralement en anglais, je n’ai pas spécialement changé ma méthode. J’ai pour habitude de rédiger les textes après que les compositions soient terminées, et Erdh ne déroge pas à cette règle. J’aurais beaucoup de mal à faire autrement, d’ailleurs.
Quant à l’interprétation vocale, j’ai désiré travailler à nouveau avec Axel Wursthorn, dans le cadre familier du Walnut Groove. Cela n’a donc pas bouleversé mes habitudes. Pour finir, Nikö m’a laissé une carte blanche totale pour les textes et le chant. J’ai tenté, en retour, de respecter sa musique et ses intentions.

Nicolas, les journalistes sont rois de l’étiquette mais dis-nous, quelle est ta propre définition du « Cinematic Metal » ?
Nicolas : Pris à mon propre piège ! Une étiquette est forcément réductrice mais je me suis basé sur les premiers retours sur Erdh pour tenter de libeller une musique que j’ai voulu polymorphe, par essence. J’ai clairement une influence post-rock/post-core prononcée dans les structures et, pour moi, ce sont justement des musiques qui invitent à peindre des images, des plans séquence. J’ai voulu une musique mouvante, qui évolue et suscite des paysages mentaux, de petits films, d’où cette dénomination qui sera tordue dans tous les sens par la presse, espérons le !

Est-ce que le Erdh de Resilient est celui que tu avais imaginé en initiant le projet et si ce n’est pas le cas, quelles ont été les étapes décisives de cette mutation vers l’identité que l’on connaît aujourd’hui (rencontres musicales ou personnelles) ?
Resilient représente trois années de travail, depuis les ébauches à la finalisation. Outre l’apprentissage de la production au sens large sur cette durée et un travail drastique sur le son, le fond a forcément évolué. Si « Sinking » est le premier titre que j’ai composé pour ce projet, il y a un monde entre les premiers jets et la version finale, bien heureusement. Ce fut un travail de longue haleine qui n’est pas forcément émaillé de saillances et de changements d’asymptotes abrupts mais plutôt une accélération constante avec une idée de plus en plus précise. Le travail avec Emmanuel a résolument été la mise en puissance finale.  De manière plus large, les influences que j’ai pu consolider au fil des années sont ressorties durant ces années mais ces fondations étaient là dès le départ.

Quelles sont les émotions négatives qui t’ont aidé à échafauder ce projet ? Parle-nous de cette partie de toi que tu as injecté dans ce projet, celle qui n’aurait jamais pu produire un album de reggae / dub musette…
Plus que les émotions elles-mêmes, il faut garder à l’esprit que je m’ « exprime » avec une forme que j’aime et qui me parle. Je n’aurais et ne saurais rien transmettre au travers d’une musique festive ou trop normée, je n’aurais aucune prise là dessus. Ensuite, et de manière assez claire en effet, les évènements de la vie, ces brisures que chacun traversent, qui sont tellement banales puisqu’elles touchent chacun un jour ou l’autre mais tellement difficiles à gérer et intimes car c’est de toi qu’il s’agit, c’est toi qui en souffre, ont impliqué cette mise en musique, cet exutoire. La perte, la séparation, la solitude, le changement, l’acceptation, le dépassement – rien que de très classique malheureusement mais abordés par le biais de métaphores et paraboles plus ou moins cryptiques. Et qui nous montrent que chacun, à son échelle, se montre résilient pour continuer à avancer.

Le projet d’origine étant une sorte de psychanalyse musicale, est-ce tu avais déjà pensé à poser toi-même des mots sur ta musique ?
Oui j’avais en effet quelques bribes de texte mais il s’agit sans conteste de la partie la plus pénible pour moi. Je n’ai aucun scrupule à me dévoiler au travers de ma musique mais ma production de texte n’est pas au niveau, loin s’en faut, de ce que je fais musicalement. Ces textes resteront donc enfouis à jamais, ils n’ont que le mérite d’avoir un jour existé pour me donner une ligne guide.

Est-ce que le fait d’abandonner l’idée d’écrire intégralement l’album était un moyen de se protéger ou d’éviter de s’enfermer dans une logique thérapeutique trop personnelle et douloureuse ?
Surtout un constat pragmatique ! Pas assez de talent pour ça, il faut savoir lâcher prise même si il est très dur de lâcher ces morceaux de soi pour qu’un être aussi vil et maléfique qu’Emmanuel s’en empare :o) Mais de manière évidente entre nous, la proximité des vécus a fait, de manière implicite, que nous nous sommes trouvés.

Resilient obéit-il à une logique conceptuelle ou doit-on / peut-on appréhender l’écoute de chaque titre isolément ? Est-ce que l’ordre de déroulement des titres a été pensé pour jouer sur l’impact ?
Oui, tout à fait. Le tracklisting a en effet été pensé pour entrainer l’auditeur dans des méandres particuliers, avec des altérations de rythmes et une montée en tension. Certains placements sont à la fois symbolique mais également nécessaires pour l‘histoire, à l’instar de « Sinking », premier titre composé qui se retrouve en dernière position de l’album pour ouvrir le futur de Erdh. Pour autant, chaque titre a son indépendance propre et peut vivre par lui-même, même si selon moi un album est bon si l’intégralité me parle et me captive de bout en bout.  Resilient n’est pas un concept-album en tant que tel mais est construit comme de multiples appréhensions des évènements de la vie.
Emmanuel : Nous sommes vite arrivés à un consensus sur l’ordre des morceaux, en s’interrogeant sur la progression, la dynamique que nous voulions imprimer à ce « voyage ». On peut également souligner que les paroles de Resilient ont été rédigées dans un laps de temps très court, sur à peine plus d’un mois, et je crois que cela garantit une certaine homogénéité conceptuelle. C’est un instantané des thèmes qui me touchaient à ce moment donné de mon existence.

Quelles ont été les difficultés ou doutes rencontrées pendant le processus de réalisation de Resilient ? Quelles questions vous êtes-vous souvent posées pendant cette période ? Y a-t-il eu des points de divergences entre vous ?
Au risque de démystifier un peu, je ne ressens par Resilent comme une épreuve, je n’ai pas été confronté à des choix cornéliens, tout simplement parce que j’ai tout piloté moi-même pour la musique. Cela faisait partie de mon idée de base : une approche sans consensus, sans négociation, portée par ma vision. Tu limites d’un coup les difficultés possibles ! Nous n’avons pas eu de divergence avec Emmanuel mais plutôt des échanges pour pousser chacun à affiner certains points, que ce soit le chant, à la marge, ou les structures musicales, à la marge également. Donc pas de « mise sur la gueule », de déchirure à vif ou de plaie ouverte entre nous ! Pas très rock’n’roll sur le fond et la forme, j’en conviens.
Emmanuel : Oui, et comme les rôles ont toujours été bien partagés, nous n’avons jamais eu de grands débats enflammés. Des apports mutuels, quelques ajustements, ou concessions dans l’intérêt général, tout au plus ; des petits coups de fatigue aussi pour moi, car l’enregistrement des voix était très intense. En ce qui concerne le temps d’écriture, c’était tout de même un challenge à relever dans des délais serrés, et je ne peux pas cacher que j’ai parfois ressenti l’angoisse de la panne d’inspiration -qui n’est pas survenue, bien heureusement.

Selon vous, qu’ont apporté Axel Wursthorn et Jens Borgen au son global de Resilient ? Est-ce que cette dimension clinique et froide fut une volonté de départ ?
Nicolas : Axel Wursthorn est en quelque sorte le troisième homme d’Erdh car il a été l’artisan de l’étape cruciale du passage des versions instrumentales vers les chansons complètes. Nous avons enregistré les lignes de chant chez lui, au Walnut Groove mais son rôle a largement dépassé le simple cadre des prises de son pour se muer en véritable production. Jens Bogren a pour sa part apporté une réelle clarté à chaque titre et une unité à l’album, avec un équilibrage nouveau. Mais outre ces deux noms, je me dois de citer Guillaume d’Ad Vacuum et même que Jean-Seb de CNK qui ont suivi le projet depuis ses débuts et ont su me faire prendre du recul à des moments clés pour envisager sous des jours nouveaux certaines sonorités ou orientations, sur les batteries par exemple, qui sont résolument plus rock que metal, dans le traitement.
Emmanuel : Travailler avec Axel dans le cadre familier du Walnut Groove studio (tous les albums de Wormfood ont été enregistrés là-bas), me permet avant tout d’aborder l’interprétation vocale avec sérénité. Il me connaît bien, il sait m’emmener dans les bonnes directions. Je sais que je peux lui faire pleinement confiance pour développer ou sélectionner certaines idées, notamment sur le travail d’harmonisation, les chœurs, mais aussi l’utilisation originale d’effets sur les voix. Lorsque j’ai un doute artistique, je m’en remets toujours à son jugement. Je crois sincèrement que je suis devenu un chanteur à part entière sous sa direction.

Comment Erdh évoluera-t-il dans les mois et les années à venir ? Restera-t-il projet studio ou vous envisagez quelques dates live ? Si des opportunités se présentent, comptez-vous faire appel à une aide extérieure (bassiste, batteur, claviers / samplers, etc.) pour jouer sur scène ?
Je me réjouis avant tout que nous ayons bouclé ce premier disque et qu’il arrive dans les bacs. C’est un premier pas. Par delà notre désir de développer ce premier jet dans un second opus, je m’en remets aux auditeurs, à l’accueil qui sera réservé à Resilient . De là découleront probablement nos décisions par rapport à la scène.

Site Officiel : erdh.net

Facebook : www.facebook.com/project.erdh

Grammy Amplifier : grammyamplifier.com/erdh

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