Danishmendt

15 Déc 10 Danishmendt

La musique de Danishmendt, on a beau aimer la recevoir, au moment d’en parler – a fortiori en compagnie de ses géniteurs – on se retrouve planté devant l’à-pic. D’où un travail de promotion quelque peu sisyphien. Dès lors, il vaut mieux être plusieurs pour pousser la pierre. Le groupe s’est déplacé en force, moins une tête, pour une entrevue parue dans Obsküre Magazine #1. En voici quelques extraits inédits.

Que doit on voir dans ce Passé aride. Est-ce le votre d’une certaine façon ?

Karl (chant) : Il y a une dimension collective dans l’expression Passé aride, il y a la volonté de rendre une idée commune de déracinement, de manque de repères, dans certains cas de destruction. C’est ce qu’on a voulu retranscrire de manière générale, dans un morceau comme « La Source », en jouant sur le thème du liquide, au niveau des sonorités comme au niveau textuel. Ce n’est pas tant un « passé » au sens autobiographique même si c’est une interprétation que l’on peut faire.

D’Eaux fortes à Un Passé aride, je serais tenté de parler de radicalisation créative de votre son. Est-ce que vous vous retrouvez dans cette formule ? Y a-t-il eu chez vous la volonté de couper un cordon avec ce qui vous rattachait à des scènes, entre guillemets, plus conventionnelles ?

Karl : Honnêtement, on n’a pas intellectualisé le travail autour de la compo et du son. Tout a été le fruit d’une grosse remise à plat il y a deux ans.

Guillaume (guitare) : S’il y a radicalisation, c’est surtout au sens empirique. A un moment, des partis pris se sont affirmés. Pour l’anecdote, vers le milieu de la composition, on est tombés sur les photos d’Yves Marrocchi (NdR : du site www.residues.net), qui ont vraiment contribué à donner une orientation, une affirmation, à notre travail, notamment sur la finalisation des compositions, le début de certaines, comment lier tout ça au niveau de l’esthétique, etc.

Florent (guitare) : Par rapport à la question des scènes musicales, on réfléchit plutôt à fuir toute influence, à vrai dire. Pour faire ces morceaux, on a jeté à la poubelle je ne sais combien de riffs, parce qu’ils ne collaient pas, parce qu’ils rappelaient quelque chose. Autant aux débuts du groupe il fallait bien avoir une ligne directrice histoire de partir de quelque chose, autant maintenant on s’ouvre à des idées musicales très différentes, qui ne se retrouvent pas forcément dans la musique d’ailleurs.

A titre personnel, est-ce que le fait d’entrer dans l’« univers Danishmendt » anime chez vous des pulsions mentales ou physiques qui vous donnent une forme d’énergie particulière, unique ? En tant qu’auditeur, votre musique stimule des émotions liées à certains dégoûts, rejets, des choses pas forcément positives…

Florent : Une catharsis, en gros ?

Ouais…

Karl : L’idée de musique cathartique est un peu éculée, mais en même temps on ne peut pas le nier. Cela dit c’est un sentiment plus global, qui implique surtout la scène.

Florent : Même en répèt’, on arrive de plus en plus à poser une ambiance dans laquelle on se plait à évoluer. Mais pour revenir à ta question, tu parlais du dégoût comme quelque chose de stimulant, et bien que nous ne nous mêlons pas de choses politiques dans notre musique, on est tous pas mal impliqués à titre personnel, et par rapport à ce qui se passe en ce moment, je me rappelle qu’on a tous eu une forte réaction à l’arrivée au pouvoir de la droite, disons la droite « décomplexée », et je pense que cette réaction collective a aussi joué un rôle.

Karl : C’est vrai, mais c’est aussi lié au fait qu’on se connaît maintenant depuis longtemps, et qu’on a partagé suffisamment d’expériences, de conneries, de délires, de soirées fortement alcoolisées pour parvenir à une sorte de cohésion intellectuelle qui fait que l’énergie qu’on investit dans le groupe peut être influencée par un ressenti collectif vis-à-vis d’événements extra-musicaux. Et pour en revenir à la question de départ, cet investissement de plus en plus intensif dans le groupe est effectivement quelque chose qui fait du bien. A titre personnel, ça m’a beaucoup changé depuis quelques temps.

Y a-t-il des références, littéraires, philosophiques ou autres, que vous voudriez mettre en avant par rapport à votre musique ?

Karl : On fonctionne surtout par rapport à des réflexions personnelles sur des thématiques sociétales, et de temps en temps on tombe sur un événement, une histoire, qui nous marque jusqu’à se retrouver dans les paroles, même si ce ne sont jamais des références très explicites. Pour te donner un exemple, je peux te citer un reportage sur Arte qui m’avait particulièrement marqué, au sujet d’une personne, en République tchèque, qui a vécu de façon très jusqu’au-boutiste un idéal libertaire sous le régime soviétique. D’où le titre « Lumpen Héros » sur l’album.

Guillaume : Il n’y a pas de volonté de s’inscrire dans un héritage de pensée quelconque.

Florent : C’est la première fois qu’on imprime les paroles dans le livret, donc quelque part ça veut dire qu’on en est fiers, et qu’elles nous représentent.

Parlons de votre label, Cold Void Emanations. Est-ce une structure naissante ? Vous y sentez-vous à votre place, dans la mesure où l’essentiel du catalogue touche à l’univers du black metal ?

Guillaume : Honnêtement, avant d’entamer les démarches pour le nouvel album, je ne les connaissais pas. C’est en voyant qu’ils avaient sorti des disques de The Austrasian Goat que j’ai été intrigué et que je les ai contactés. La plupart de ses sorties s’adressent à des initiés, il y a pas mal de sorties cassette, notamment. C’est effectivement orienté black, mais plutôt black un peu déviant, expérimental sans être trop biscornu. Quant à savoir si on y est à notre place, eux seuls le savent (rires).

Florent : Un véritable intérêt de cette signature, c’est qu’elle nous ouvre un réseau que l’on n’avait pas sur nos précédentes sorties. Evidemment on ne se retrouvera pas en Fnac, tu t’en doutes, mais le label a des réseaux de connaissances qui peuvent nous permettre de bénéficier d’un bouche à oreilles dans un milieu où le nom du groupe ne circulait pas avant.

Guillaume : Il y a aussi un côté gratifiant au fait de savoir que ton disque motive assez une personne pour qu’elle ait envie de travailler dessus. Ca fait du bien à l’ego, faut pas se le cacher.

DANISHMENDT

Un Passé aride

(Cold Void Emanations – 2010)

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse