Ashburn County – Our dead Selves rise (interview bonus)

17 Sep 14 Ashburn County – Our dead Selves rise (interview bonus)

Une cassette noire, un mannequin pendu en visuel principal, des titres répartis comme pour une double séance de cinéma. De quoi passer un moment étrange car Asburn County, après deux démos confidentielles et une participation remarquée jusque dans nos pages aux compilations Codex 01 et Codex 02 du label San France Disko sort enfin un premier album. C’est un autre label expert des musiques décalées qui publie ce Our dead Selves rise, Beläten. On retrouve un univers éclaté, à l’image des habitants de ce comté d’Ashburn, ville inventée par les participants au projet. D’un lieu à l’autre, d’un personnage à l’autre, les ambiances varient, maltraitées par un fon commun quasi imperceptible : celui de la cold du début des années 80, quand l’expérimentation renversait toute idée de classement. Mais Asburn County part d’un substrat plus moderne dans son utilisation par le rock au sens large : des fiels recordings envoûtants, comme autant de séances de ouija-board. Un spiritisme musical mis régulièrement en images vidéo et sur lequel Leroy Delebert Quebedeaux donne quelques éclairages en bonus à l’article et la chronique de notre Obsküre Magazine #22…
Sylvaïn Nicolino : Pour vous, Ashburn County est-elle une vie de fantômes ou y a-t-il une renaissance ?

Leroy : Ashburn County est comme un comté fantôme, qui porte encore la trace de l’humain. Les spectres sont là avec nous, tout le temps. Ils nous offrent leur histoire, leur culture, leurs émotions. En noir et blanc, bien entendu. Et nous nous effaçons derrière leur langage.

Vous êtes un collectif nombreux, intervenez-vous tous sur chacun des morceaux ou bien vous distribuez-vous des idées que chacun mène à sa sauce sous le regard et l’oreille  d’un superviseur ?

Comme le casting d’un film, les intervenants sont nombreux dans le projet, mais les scènes sont réparties, et chaque musicien apporte son savoir-faire à la séquence dans laquelle il apparaît. Certaines pièces en appellent à une certaine grandeur et un romantisme noir, d’où l’utilisation de cordes, de percussions, de cuivres. D’autres piochent dans une épure acoustique, à l’aide d’accordéons, d’harmonicas ou de flûtes. Et d’autres encore nécessitent un traitement synthétique analogique, dans l’esprit de nombreuses BO des années 70 et 80 qui nous ont marqués. Pour obtenir ce caractère hanté qui nous intéresse, nous avons fait le choix d’enregistrer tous les instruments à partir d’un enregistreur portable afin de capter les résonances des lieux et les esprits qui y rôdent. Certaines voix ont été enregistrées dans des églises désaffectées, d’autres instruments ont été captés au fond d’une cave, au bord d’un lac ou dans un coin de cuisine de campagne. Chaque morceau s’apparente du coup à un déplacement dans l’espace et à un cheminement intérieur. Notre approche est donc entièrement psychogéographique.

De quel(s) groupe(s) actuel(s) vous sentez-vous proches, non pas en terme de sonorités, mais dans la façon de créer un concept sur une ville et des personnages ?

C’est difficile à dire, car nos obsessions sont liées à nos parcours biographiques. Le projet Cement Eclipses d’Isaac Cordal est passionnant, avec tous ces petits personnages sculptés qui semblent écrasés et perdus dans des environnements urbains. L’ensemble crée un monde à part entière. Mais l’aliénation sociale dont il est question ici est très éloignée de notre symbolisme psychogéographique teinté d’onirisme. Au bout du compte, dans ce domaine-là, nous nous sentons plus proche des écrivains qui ont exploré une région, qu’elle soit réelle ou fantasmée. Nos chansons seraient comme les récits qui illustrent le Winesburg, Ohio de Sherwood Anderson ou le Knockemstiff de Donald Ray Pollock. Des nouvelles, des scénettes, des bouts de conversation ou de pensée, qui, collées les unes aux autres, participent à la description d’un monde.
ASHBURN COUNTY, Our dead Selves rise : a Collection (Beläten) (2014)
COMPILATION Codex 02 (San France Disko Records) (2014)
http://www.belaten.se/
http://www.sanfrancedisko.com/

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