Ardonau (photographe) – interview

07 Mar 15 Ardonau (photographe) – interview

Un calme d’Olympe se dégage de l’être qui déambule en ces lieux d’où, plus tard, il captera vérités à nul autre saisissables. Quelque chose, à l’intérieur, lui demande de manger le monde. Extirper de cette fin, que le temps veut, l’instant du sujet : choses, lieux, gens.
Regard lynx. Viseur qui pointe, image salvatrice. Elle fixe ou recrée l’alentour, transfigure la vie de simples civils. Caressant plus que carnassier, le regard d’Ardonau. « Art photographique » : l’œil a faim mais si le sien scrute, c’est dans moins d’inquisition que de poésie. Grain et proximité, pas pornographie. Amour du sujet. Quand une seconde de la vie, la vôtre peut-être, s’immortalise en une forme mystère. Nous ne nous connaissons pas, et l’image d’Ardonau nous renvoie à cette ignorance, ce vide intérieur.
Derrière cette collection de milliers d’images que le photographe archive, il y a forcément une part d’histoire personnelle. Le sujet d’Ardonau n’a pas de nom, il est tout : le musicien qui s’époumone sur scène, cet autre aussi qu’il connaît personnellement (le « modèle ») ou dont il ne fera au contraire qu’effleurer l’existence le temps d’une pose. D’elle/de lui, du
sujet, il veut une fraction d’intériorité, qu’il soit ou non recouru à l’huile d’une mise en scène. Le Cloître, première vraie exposition à voir jusqu’au 14 mars 2015 à la galerie Huit-Sept (9 rue Jeanty-Sarre à Limoges – 87), renvoie à cette intériorité à travers l’énigme qui nimbe ces noir et blanc dédiés à l’état-solitude.

Obsküre Magazine : Comment naît un thème, une collection ? De quoi est né Le Cloître ?
Ardonau :
Je voulais créer une série photographique à part entière, quelque chose de structuré et suivant une ligne directrice précise. Et surtout mettre en place une collaboration complète entre les personnes qui participent à mon projet et moi.

Comment choisis-tu les modèles ?
Pour cette série j’ai fait appel uniquement à des amis. La majorité d’entre eux ne sont pas vraiment des « modèles » mais se sont facilement prêtés au jeu.

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Le choix d’exposer trouve motivation dans l’essence de la chose montrée. Que représente de signifiant cette collection dans ton travail ? Exprime-t-elle des choses, sur le fond ou la forme, qui te semblent transcender tout ce que tu fais ? Et si oui, lesquelles ?
J’ai voulu aller au-delà du « shooting » à proprement parler, et raconter une histoire qui se présente sous la forme d’un cadavre exquis visuel. Chaque chapitre est indépendant des autres, le seul fil conducteur étant le voile.

Que révèlent ces photos de ton rapport au fait religieux et à la notion de réclusion ?
J’ai voulu aborder le thème de la solitude et de la réclusion parce que je me définis comme un solitaire ; et je voulais explorer la solitude des autres, tout simplement. Il n’y a que le nom de la série qui touche vraiment au religieux, mais ça ne va pas plus loin.

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Au moment où tu prends le cliché et où tu regardes le résultat brut sur l’appareil, as-tu déjà un sentiment du traitement que tu vas faire subir à l’image en aval ? « Vois-tu » l’image finale ?
Je ne fais que du noir et blanc en général, en accentuant le contraste et le noir au maximum. Cette esthétique m’a toujours plu, je l’utilise depuis longtemps maintenant.

Il y a une part de mise en scène dans cette série. Espères-tu révéler quelque chose de la nature du sujet photographié, la personne, ou la scénarisation de l’image (le fait de masquer, habiller, faire prendre pose) a-t-elle vocation ou conséquence de masquer/réinventer la nature du sujet photographié ?
Le principe de la série est que la personne photographiée écrive une histoire en premier, c’est ensuite à moi de travailler sur la mise en scène des photos à partir de l’histoire. On se retrouve ainsi plongé dans la solitude du sujet.

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La scénarisation de l’image fait-elle l’objet d’une discussion avec la personne concourant à la pose ?
Bien sûr. Nous échangeons nos idées et cela peut parfois nous amener à trouver des pistes de réflexion nouvelles et des détails supplémentaires en matière d’accessoires ou de tenues.

D’autres séries en cours pourraient-elle connaître ce sort de l’exposition fait aujourd’hui au Cloître ?
Cette exposition est une sorte de test pour moi, pour confronter mon travail au regard des autres et le soumettre à critique. Les autres séries présentes sur mon site (N.D.L.R. : www.ardonau.net) sont principalement des paysages. Quand elles seront un peu plus étoffées, qui sait alors ?

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Quel pouvoir espères-tu que les images du Cloître, et que tes images aient en général ?
Je ne sais pas trop, je ne me suis jamais posé la question. À l’origine je photographiais surtout des concerts et des paysages, ce n’est que récemment que j’ai commencé à faire des portraits. Je fais en moyenne une vingtaine de shootings par an, ce qui est peu en comparaison d’autres photographes.
Pour cette série, j’espère illustrer que la solitude n’est pas quelque chose de négatif mais qu’au contraire elle peut engendrer quelque chose de fort et de viscéral. Schopenhauer disait que qui n’aime pas la solitude n’aime pas la liberté, et je suis assez d’accord avec sa définition de la solitude.
Je photographie en général sur le coup d’une impulsion ou d’une idée, voire même d’un besoin compulsif. Si mes photos parlent aux autres, en bien ou en mal, j’en suis ravi. Je n’ai jamais su comment me comporter face aux compliments, alors que j’accepte très facilement la critique constructive.

Ardonau (autofixation)

Ardonau (autofixation)

> EXPOSITION
Le Cloître, exposition à voir jusqu’au 14 mars 2015 à la galerie Huit-Sept (9 rue Jeanty-Sarre à Limoges – 87)
> WEB OFFICIEL
www.ardonau.net

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