Anne Clark – Interview bonus Obsküre Magazine #13

26 Fév 13 Anne Clark – Interview bonus Obsküre Magazine #13

Rencontrée lors de sa tournée française de la fin du mois de novembre, Anne Clark a accepté de revenir avec nous sur son passé, et notamment sur certaines des collaborations qu’elle a faites durant sa carrière, que ce soit avec David Harrow, Viny Reilly, John Foxx ou Martyn Bates.

Obsküre Mag : Qu’est-ce qui t’as donné l’envie de faire cette tournée Fall Into Winter ? Peut-être vas-tu nous présenter de nouveaux morceaux ?
Anne Clark : Je suis toujours heureuse de jouer et le plus possible. Ce line-up est un big band, il y a beaucoup de musiciens, donc ce n’est pas si simple, cela coûte cher de voyager à autant de personnes mais je voulais le faire. Je vais jouer aussi bien des morceaux qui datent du tout début des années quatre-vingt, en passant par les années quatre-vingt-dix jusqu’à aujourd’hui. Avec un mélange d’électronique et d’acoustique.

Le line up ?
L’électronique est assurée par Steve Schroyder qui a joué dans Tangerine Dream dans les années soixante-dix, il est aussi dans Star Sounds Orchestra et a des tas de projets électroniques. Jeff Aug joue les guitares, Tobias Haas aux percussions, Jann Michael Engel au violoncelle et Murat Parlak au piano et chant, avec lequel je travaille aussi en duo.

Aujourd’hui tu t’autoproduis beaucoup. As-tu été un peu déçue par les maisons de disques ?
Pas qu’un peu, beaucoup! Ces trente dernières années, j’ai eu de nombreuses expériences avec les compagnies de disques. Ils n’ont jamais su quoi faire avec moi. Qu’est-ce que c’est ? Qui est-elle ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Et je pense la même chose d’eux. Pourquoi je devrais travailler avec vous ? Je veux communiquer avec le public et ne pas faire partie de ce business et de cette machinerie.

Sur ton premier disque, The sitting Room, on retrouvait un beau casting, y compris Dominic Appleton qui formerait Breathless et rejoindrait This Mortal Coil, mais aussi Gary Mundy, connu pour ses projets de power electronics comme Ramleh et le label Broken Flag. Comment as-tu rassemblé tous ces gens ?
C’était il y a longtemps, en 1981, 1982. Je travaillais dans le sud de Londres, et à cette époque il y avait un mouvement new wave / post-punk si important… Il y avait des concerts, des groupes, des événements partout. Les rencontres se faisaient dans ce cadre-là. Je les ai rencontrés dans un petit théâtre où j’organisais des choses régulièrement. Tout le monde travaillait ensemble, ils avaient tous des projets différents. C’était très dynamique.

Et très simple au bout du compte.
C’est quand même très différent d’aujourd’hui en terme de sentiment.

Tu vis toujours à Londres aujourd’hui ?
Non, je suis à la campagne, loin de Londres.

Changing Places est considéré comme un classique du son new wave électronique, avec le hit « Sleeper in Metropolis », mais quand on écoute la face B avec Viny Reilly de Durutti Column, c’est très différent.
J’ai toujours fait cela, et j’ai toujours eu un besoin de travailler avec des sons différents de l’électronique, plus acoustiques. J’utilise un langage émotionnel dans mes textes, donc il y a différents états d’esprit. Par exemple, le poème The sitting Room n’aurait pu fonctionner avec une musique comme celle d’ « Our Darkness ». J’aime l’idée de couvrir tout le spectre des émotions humaines. Je n’aime pas les gens qui n’écoutent qu’un seul style de musique, est-ce que cela veut dire que tu ne te sens qu’en colère ou triste ? Comme si tu ne ressentais qu’une seule émotion…

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Par exemple, sur Joined up Writing, on trouvait déjà des morceaux très sombres, d’autres plus electro-pop, d’autres avec des arrangements néoclassiques ou plus dépouillés. Une diversité qu’on retrouve dans tous tes disques au bout du compte…
J’essaie.

En parlant de collaborations, il y a eu ces hits composés avec Dave Harrow. Comment cela se passait-il avec lui ?
Je travaillais avec Dominic et Gary en 1982. Je ne sais pas si tu les as déjà rencontrés, ce sont des gens très réservés, très calmes, assez introvertis. David Harrow est tout le contraire, vraiment extraverti, et il est apparu comme un ouragan dans la pièce, avec des tas d’idées. Nous aimions tous les deux le punk, la new wave, l’électronique, mais aussi certains tubes de dance américains de la fin des années soixante-dix comme la collaboration Gorgio Moroder et Donna Summer. Nous voulions mélanger cet élément dance à la new wave. C’est ce que l’on a fait. Notre relation a été très explosive et très créative.

Tu as travaillé avec lui sur quatre albums environ.
C’était une relation spéciale, très créative mais pas toujours facile.

Es-tu encore en contact avec lui?
Un petit peu par le biais de Facebook. Il vit à Los Angeles à présent. Ce n’est vraiment pas un endroit pour moi mais c’est parfait pour David.

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Peux-tu revenir sur ta collaboration avec John Foxx pour Pressure Points?
Cela s’est fait davantage sous l’influence de la maison de disques après les succès précédents. Ils souhaitaient que j’ai un producteur avec une certaine réputation. Je ne voyais vraiment pas pourquoi, car nous arrivions très bien à travailler avec David. John Foxx est quelqu’un avec qui c’est très agréable de travailler mais c’était un peu sous la pression.

D’où le titre ?
Non! Mais je dois avouer que je n’aime pas tellement Pressure Points. Je me suis sentie dirigée.

Tu étais sur Virgin à l’époque.
Oui. Il y avait beaucoup d’influences et de pressions qui venaient d’un peu partout.

Peux-tu revenir sur ton travail avec Martyn Bates ?
C’est un ami. Dans les années quatre-vingt, nous jouions dans les mêmes circuits, les mêmes clubs, nous nous connaissions mais sans plus. Nous sommes devenus plus amis par la suite. J’adore Eyeless in Gaza et la voix de Martyn. Il adore lui aussi la poésie et la littérature. Donc nous avons voulu essayer. D’abord il a rejoint le groupe pour les concerts, puis nous avons fait l’album sur Rilke et To love and be loved. Il n’y a pas de réelles structures : tout flotte, bouge, part au loin puis revient. Je suis à nouveau en contact avec lui et peut-être qu’à l’avenir nous allons faire d’autres choses ensemble.

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Chaque album est lié à des moments précis de ta vie, en particulier les paroles. Il y a eu aussi cet album The smallest Acts of Kindness qui était lié à la maladie et au décès de ta mère.
C’est un peu étrange. D’abord mon père est mort en 1996 et j’ai arrêté d’écrire. Je n’en avais plus envie. Plus rien n’avait de sens. Quelqu’un qui t’est proche meurt et tu te dis : quel est le but de tout ça ? Pendant trois ou quatre ans, je n’ai plus écrit quoi que ce soit. Puis ma mère est morte en 2006 et immédiatement j’ai eu envie de tout écrire. La plupart des textes de cet album ont été écrits à ce moment là, donc ils ont été influencés par cela, ils sont le reflet de cette période.

Quels sont tes sentiments sur scène quand tu rejoues ces morceaux de différentes périodes?
Il y en a que je ne rejoue plus. Peut-être parce qu’ils ont un sens trop personnel aujourd’hui. Je joue par exemple « As soon as I get home ». C’est un vieux chant gospel que j’ai arrangé. Cet air était très spécial pour moi à sa mort. Mais ce ne sont plus mes morceaux, ils appartiennent aux gens aujourd’hui. Je crois que parfois on peut écrire comme pour une thérapie ou en tout cas un procédé de clarification des choses. Puis tu en viens à l’accepter et cela devient autre chose. Pour des gens qui ont perdu quelqu’un ou qui sont passés par ce genre d’épreuves, je pense que cela peut leur parler.

Certains textes restent d’ailleurs dans nos esprits et ressurgissent à certains moments.
En tant qu’écrivain je me sens souvent en dehors plutôt qu’en dedans, à regarder d’une perspective externe et à partir de là tu peux écrire des choses avec lesquelles les gens vont sentir une connexion.

Quant aux couvertures de tes albums, depuis Changing Places, tu as toujours fait le choix de mettre ton visage sur les pochettes?
Ce n’était pas vraiment mon choix. Avec Pressure Points, c’était là encore un choix de la compagnie de disques. Je pense que ce sont aussi des coïncidences. Pour ce qui est des albums plus récents comme The smallest Acts of kindness, là je n’apparais pas sur la pochette, comme pour le projet sur Rilke, mais cela n’a pas été une décision vraiment active de ma part. Mes pochettes ne sont pas terribles, alors pour The smallest Acts of Kindness, je voulais soigner cet aspect, que ce soit très personnel, comme un petit livre.

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Je disais aussi cela car ces dernières années tu as travaillé avec des musiciens électroniques plus jeunes comme Implant ou Xabec. Conçois-tu que pour toute une génération tu es devenue une figure un peu iconique en raison de ton look, ta coiffure et ses pochettes.
Non, je ne pense pas du tout. La musique peut-être.

Pas l’aspect visuel…
Mais il n’y a pas vraiment d’aspect visuel ! Je ne suis ni Madonna ni Siouxsie. Je n’ai pas de physique très frappant, ce n’est pas moi. Les photos ont sûrement aidé à une identification mais c’est ce qui est enregistré sur les disques qui compte.

Ces dernières années il y a eu peut-être des centaines de remixes de « Our Darkness » et « Sleeper in Metropolis », en as-tu un que tu préfères?
Pour être honnête, je n’aime pas trop les remixes. Tant qu’à faire, je trouve cela plus logique d’écrire un nouveau morceau. C’était intéressant à l’époque où « Our Darkness » est sorti, dans les clubs où ils voulaient des versions « extended ». Il y a des fous en Allemagne, ils ont juste pris la chanson « Weltschmerz », Synonym Records, j’ai cru que c’était une blague quand ils ont dit qu’ils voulaient faire dix ou onze remixes de « Weltschmerz »! Et ils ont sorti cette chose. Pourquoi pas ? Mais… pourquoi ? Je l’apprécie car j’aime la musique dance moderne, ses sons et son énergie, mais si je devais choisir un remix je remonterais en 1984 ou 1985 quand en Amérique, deux gays de San Francisco ont fait un remix club qui dépasse complètement les bornes de « Sleeper in Metropolis » et « Our Darkness » pour les nightclubs de là bas. Ceux là m’avaient vraiment halluciné. Mais le remix n’est pas une domaine qui m’intéresse.

De tous les textes que tu as écrits, lequel serait le plus proche de toi aujourd’hui ?
Ce serait des petits bouts par ci par là, mais il y a un texte qui revient tout le temps, c’est « Echoes remain forever » sur Changing Places, que ce soit au niveau de la musique et du texte. Je sais que je suis heureuse, presque fière, d’avoir écrit ça. Même si c’est un vieux morceau, il signifie toujours beaucoup pour moi sans que je sache vraiment pourquoi.

Tu as collaboré avec beaucoup de gens, y en aurait-il un avec qui tu aimerais collaborer?
Bien sûr. David Bowie, Patti Smith, Laurie Anderson, ça ne se fera sûrement jamais, mais je me demanderais bien ce qui se passerait. Mais il y a toujours des musiciens qui m’intéressent, ne serait-ce que par leur façon de penser

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir?
C’est au public de décider. j’ai fini ce projet avec Murat pour une autre pièce radiophonique et livre audio en Allemagne autour des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Ce travail semble intéresser les gens, ce qui m’a beaucoup surpris, notamment le fait que des chorégraphes veulent développer cette idée. Mais je suis toujours ouverte à de nouvelles choses. On verra bien ce qui se passera durant les prochains mois et les prochaines années.

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