Angellore – Interview

16 Jan 13 Angellore – Interview

Angellore est un nouveau venu dans les scènes doom actuelles et comprend parmi ses membres un certain Rosarius, dont la présence hante notre propre média depuis des années. Si Angellore ne parle guère de « modernité » à l’encontre de sa musique, nul doute que sa production résonne de manière plus contemporaine que celle d’un Cathedral. Le groupe français prolonge une vision récente du doom et propose avec Errances, son premier album, une vision à la fois esthétique et romantique du genre, nourrie d’une sensibilité fortement gothique et auréolée de folk. Walran, cofondateur du projet, trace pour Obsküre Magazine les lignes de présentation de l’univers, à l’heure où le groupe prépare son second album, dont la sortie est espérée pour 2014.

Quelles ont été les sources d’inspiration et valeurs que vous souhaitiez défendre en musique initialement, après votre rencontre en Avignon ?
Walran :
Avant même que nous ne composions la moindre chanson, notre postulat de base était clair. Nous souhaitions nous exprimer dans un registre doom metal atmosphérique et intégrer à notre formule des influences héritées de la scène gothique des années quatre-vingt, chère à Rosarius, et de la musique folk naturaliste, éternelle source de rêverie de votre serviteur. Nous avons donc essentiellement puisé notre inspiration dans les univers de références de nos styles de musique favoris, en nous appuyant plus spécifiquement sur l’imagerie surannée du doom/dark metal des années quatre-vingt-dix, qui nous a toujours séduits. Dans la mesure où nous sommes très sensibles aux codes utilisés par nos formations de référence – qu’ils soient musicaux, textuels ou visuels – nous avons tenté d’inscrire Angellore dans les canons du genre. Ainsi, nous prônons une certaine authenticité, tentons de créer un style personnel répondant parfaitement à toutes nos envies. Nous nous tenons éloignés des standards actuels et faisons tout pour éviter l’aseptisation de certaines productions modernes. Mais ce qui est le plus important pour nous est de créer une musique propice à la rêverie, à l’évasion, avec l’atmosphère la plus évocatrice possible. Pour moi, c’est ce qui prime dans toute production musicale : que j’écoute du folk, du metal ou autre chose, je suis toujours à la recherche d’atmosphères prenantes. Je n’aime rien tant que me sentir immergé dans un univers à part entière, riche en couleurs et en sensations ! Par chance, Rosarius et moi, malgré la diversité de nos influences respectives, avons très vite développé une vision commune de ce que devait être Angellore. Et fort heureusement aussi, notre batteur Ronnie s’est parfaitement intégré à cet univers !

Errances est votre premier album. Aviez-vous déjà connu l’expérience studio par le passé ou était-ce une grande première pour la plupart d’entre vous ? Qu’avez-vous retiré de cette aventure en tant que musiciens et que groupe ?
Si Ronnie avait déjà connu des expériences semi-professionnelles avec son groupe précédent, Arogath, Rosarius et moi étions totalement novices. Notre arrivée au EverTone Studio (qui s’appelait encore AV Studio lorsqu’a débuté l’enregistrement d’Errances, en décembre 2009) fut une expérience plutôt étrange, aussi enthousiasmante que profondément nouvelle. Cependant, nous nous y sommes vite sentis à l’aise et très vite, nous ne voulions plus partir ! Pour la première fois, nous nous trouvions dans un lieu à l’écart du monde, où nous pouvions nous consacrer entièrement à Angellore sans aucun trouble extérieur. Un véritable privilège ! Le fait de passer du temps ensemble et de travailler dans des conditions professionnelles nous a indéniablement fait progresser et mûrir en tant que musiciens et a permis de bien souder le groupe. Nous avons connu tant de troubles et d’infortunes durant nos sessions d’enregistrement… La liste est très longue et je pense que sans notre passion et la force de notre amitié, nous n’aurions pas tenu le coup ! Personnellement, j’ai aussi appris que si le studio est un lieu magique où une modeste ligne de clavier peut tout à coup se transformer en majestueux et emphatique arrangement symphonique, rien ne peut remplacer complètement une bonne prise originelle. Le studio, c’est la répétition, encore et encore, jusqu’à obtenir le meilleur résultat possible et le dépassement de soi. Même si l’enregistrement d’Errances a été très éprouvant pour moi, plus encore que pour mes comparses, je suis heureux d’avoir vécu cette expérience. Et puis, ça fait plein de souvenirs et d’anecdotes à raconter !

Qu’est-ce qui a généré cet écart de temps entre l’enregistrement et la sortie d’Errances ?
Ce que peu de gens savent, c’est que nous avons connu tant de difficultés et de contretemps divers (il n’est pas facile pour trois étudiants issus de villes différentes de libérer beaucoup de temps en commun) que l’enregistrement d’Errances ne s’est réellement achevé qu’en février 2011, soit plus d’une année après les premières prises de batterie. Si le mixage et le mastering n’ont pas pris trop de temps, la recherche d’un label s’est avérée plutôt fastidieuse. Lorsque nous avons finalement signé en mars 2012 chez DreamCell11, sous-division d’Aural Music, beaucoup d’albums de leur catalogue étaient prioritaires et devaient sortir avant le nôtre. La création du livret et le pressage de l’album ont également pris un certain temps… Nous avons joué de malchance sur bien des aspects mais l’essentiel, en bout de course, c’est d’être satisfait de son travail. Et franchement, en dépit de tous ses petits défauts, nous aimons passionnément Errances !

Votre optique semble s’inscrire dans le sillon d’un doom moderne, romantique et mélancolique. Quelles thématiques/histoires recouvre donc Errances ? Pensez-vous transcrire en musique une expérience et des histoires personnelles, ou considérez-vous que votre musique a davantage à voir avec les dimensions du rêve et/ou du fantasme ? S’agit-il ou non de sublimer ?
S’il peut s’avérer moderne par sa forme – après tout, l’album a été enregistré en 2010 et non en 1995 ! – je ne sais pas si je qualifierais notre musique de « moderne ». Pour ce qui est des textes d’Angellore, Rosarius et moi écrivons souvent en binôme et nous laissons guider par notre inspiration du moment. Nous aimons par-dessus tout décrire des univers éthérés, fantasmés et atemporels. Quand je pense aux « vallées éternelles », j’imagine une nature froide, sempiternellement couverte par un ciel lourd, d’où filtrent quelques rayons de lumière qui viennent caresser des chapelles en ruine. « Tears of Snow » évoque l’apparition spectrale et irréelle d’une beauté féminine prisonnière d’un éternel chagrin… Pour l’instant, aucun texte d’Angellore ne fait référence à des expériences vécues, nous nous situions bien plus dans l’univers du rêve et de l’imaginaire. Les mots naissent spontanément et viennent compléter la musique. On retrouve cela dans la dimension théâtrale d’ « I Am the Agony » par exemple, où les contrastes entre moments délicats et éclats de colère sont très affirmés. Le texte et les alternances de voix illustrent cette dimension théâtrale. Cependant, les paroles sont davantage utilisées pour accompagner la musique que pour la sublimer. Mais si certains auditeurs se déclarent touchés ou interpellés par nos textes et notre univers d’expression, forcément, cela nous fait également plaisir.

Le texte impose-t-il une thématique ou naît-il d’un contexte musical ?
La musique prime et naît toujours avant. C’est à partir de la musique que nous écrivons le texte, jamais l’inverse. Le titre d’un morceau, par exemple, est toujours choisi à dessein : il représente et résume ce que nous imaginons ou ressentons en écoutant la chanson.

Quel rôle a joué précisément Florent Krist par rapport à la production d’Errances ? A-t-il assuré une forme de direction artistique ou s’est-il cantonné à une assistance technique ?
Florent Krist a été formidable : un véritable quatrième membre du groupe ! Nous avons beaucoup appris à son contact et avons adoré travailler avec lui. Je peux d’ores et déjà révéler que le prochain album d’Angellore sera une nouvelle fois enregistré sous sa direction. Si parler de « direction artistique » serait un peu fort, il est indéniable qu’il nous a beaucoup aidés et convaincus d’opter pour certains choix. Il a même composé un arrangement de claviers qui apparaît sur « Tears of Snow ». Il s’est très bien adapté à notre univers et ses suggestions se sont avérées précieuses. Grâce à lui, je pense aussi qu’Angellore a affirmé plus clairement son appartenance à la scène metal, alors que nos démos, plus éthérées, accordaient moins de place aux rythmiques et à l’élément électrique.

Walran, tu as a amené ton background folk à Angellore. Cet apport a-t-il pu nourrir en tant que tel les bases mêmes de vos titres, ou les idées premières manifestent-elles en général un primat de l’élément doom et gothique ?
Cela dépend. Au moment d’écrire « Weeping Ghost » par exemple, j’ai clairement fait part à Rosarius de mon envie de guitares acoustiques. L’idée de débuter notre carrière sur une rythmique folk rehaussée d’un chant clair emphatique m’enthousiasmait au plus haut point ! Il en a été de même pour « Shades of Sorrow » et « Errance ». Les chansons que nous avions écrites quelques mois plus tôt s’écartaient clairement de toute influence folk pour privilégier la froideur et la religiosité du gothique, et Rosarius était tout à fait d’accord pour revenir à un mélange plus équitable et pour renouer avec le dépouillement élégant du folk triste. Nous sommes avant tout un groupe de doom metal atmosphérique, mais nous espérons bien que la part folk d’Angellore, si elle revêt moins d’importance que les influences gothiques, ne s’estompe jamais complètement.

Quelle place occupent aujourd’hui dans le processus créatif vos renforts, à savoir Ronnie (N.D.LR. : batterie) et Catherine Arquez ? Vous dirigez-vous vers une dynamique de groupe pour le prochain album ou la direction artistique relèvera-t-elle encore du binôme Rosarius / Walran ?
Si Ronnie a fait nombre de suggestions utiles et nous propose toujours des rythmiques qu’il a élaborées lui-même, Cathy est simplement une interprète. Même si elle exécute les mélodies que nous écrivons pour elle avec beaucoup de grâce, d’élégance et d’émotion, elle demeure une invitée extérieure qui n’a pas de part dans la composition. Cependant, je tiens à préciser que l’avoir avec nous a été un véritable privilège et que nous referons appel à elle dans le futur, c’est certain. Ronnie ne compose pas de mélodies pour le groupe mais nous a beaucoup aidés à élaborer et à définir les structures de nos morceaux. Et c’est encore plus vrai pour notre deuxième album. Bien sûr, la direction artistique repose avant tout sur Rosarius et moi, mais certains titres ont été très travaillés en salle de répétition, ce qui a permis à Ronnie d’exprimer davantage son avis. Comme pour le premier album, la plupart des compositions seront signées de Rosarius et moi, mais Rosarius signe un titre entièrement seul (c’est déjà le cas sur Errances avec « …Where Roses Never Die… », où mon apport est vraiment mineur), et j’aurai moi aussi ma « propre » composition, que j’ai pensée et développée seul, comme le titre éponyme de notre premier album.

Quand est censé sortir ce deuxième opus ?
Le processus d’enregistrement a déjà débuté. Nous espérons donc pouvoir le sortir en 2014. Le plus tôt sera le mieux car nous éprouvons une très grande impatience à l’idée de partager nos nouvelles compositions !

La scène, est-ce quelque chose qui se produira ?
Probablement ! A vrai dire, nous avons déjà reçu une proposition qui nous a vraiment émus et enthousiasmés, et qui nous motive clairement à franchir le pas un jour. Mais à l’heure actuelle, nous ne sommes tout simplement pas prêts. Nous essaierons de nous y préparer cette année, pour peut-être donner quelques concerts l’année prochaine… Au vu de sa forte dimension atmosphérique, je pense que la musique d’Angellore peut avoir un véritable impact sur les planches. Affaire à suivre, donc…

Entre Errances et les prochains titres, quelle marge de progression dessineriez-vous, tant dans l’écriture que dans le son ? L’élément folk y renforce-t-il sa place ?
Non, l’élément folk voit plutôt sa place diminuer… mais pas disparaître, rassurez-vous ! Deux des compositions du disque véhiculent selon moi une aura très folk, mais cela dépend sans doute de la sensibilité des auditeurs… Cependant, si les passages folk sont rares, ils sont plus aboutis que sur Errances et la guitare acoustique y sonne mieux que jamais ! En termes d’écriture, nous avons l’impression d’avoir vraiment progressé. Les compositions sont plus personnelles, plus audacieuses, mieux gérées, les guitares sont nettement plus créatives qu’autrefois, les lignes de chant ont plus d’impact… Je préfère m’arrêter là avant d’entamer un inutile panégyrique mais sachez seulement que nous sommes littéralement dingues de ce prochain disque, qui permet vraiment à Angellore d’atteindre une dimension supplémentaire et recèle de nombreuses surprises inattendues ! Ce n’est clairement pas un clone d’Errances, je peux vous le jurer… Nous avons hâte de retourner en studio pour poursuivre notre travail.

> SORTIE
– ANGELLORE – Errances (DreamCell11) (2012)
> WEB OFFICIEL
www.facebook.com/AngelloreDoom

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