Angellore – Interview bonus Obsküre Magazine #26

23 Oct 15 Angellore – Interview bonus Obsküre Magazine #26

Forts d’un deuxième album superbement inspiré et riche en émotions sombres, les français d’Angellore vont sans nul doute accéder à un autre niveau de respectabilité. Le lyrisme doom / gothic metal de La Litanie des Cendres emprunte aux plus grands (Draconian, Saturnus, Tristania, etc.), sans ne jamais les plagier. Angellore est à l’honneur dans Obsküre Magazine #26… et ce n’est pas volé ! Interview bonus avec Walran (synthés, chant extrême), passionnant et passionné.

Obsküre Magazine : Comment avez-vous occupé votre temps depuis la sortie d’Errances

Sans titre-18 newWalran : Sitôt Errances sorti, nous avons poursuivi le travail sur La Litanie des Cendres, que nous avions commencé à composer en décembre 2009 et à enregistrer en juillet 2012. À vrai dire, la situation d’Angellore est un peu particulière. Comme les trois membres du groupe sont éloignés géographiquement, nous ne pouvons répéter aussi souvent que nous le souhaiterions. Pour moi, il est donc indispensable que nous restions perpétuellement actifs et maintenions vivace l’âme du groupe. Après nous être attelés tant bien que mal à la promotion d’Errances, nous nous sommes consacrés au fignolage de son successeur. En parallèle et quand le temps nous le permettait, nous avons aussi enregistré quelques nouvelles démos pour un futur opus, et avons répété avec Lucia (chant féminin), Célin (basse) et Guillaume (guitare) dans le but de constituer un line-up solide si un jour l’occasion de jouer en public se présentait. La recherche d’un nouveau label a également pris un peu de temps, de même que la création du digipack de La Litanie des Cendres, qui n’a pas été de tout repos, loin de là. Mais nous voici désormais fin prêts à présenter au monde notre nouveau bébé, auquel nous avons donné le meilleur de nous-mêmes.

Comment intégrez-vous la dimension littéraire à La Litanie des Cendres ?

Sans titre-17 newRosarius ayant publié nombre de nouvelles (et bientôt un premier roman, Apostasie, à paraître en 2016 aux Editions du Chat Noir), j’imagine que c’est plutôt à lui qu’il faudrait poser cette question. Néanmoins, de façon plus générale, je puis affirmer que la littérature et les romans que nous chérissons influencent et marquent fortement l’œuvre d’Angellore. Adolescent, c’est dans un roman peu connu de Maupassant, Notre Cœur, que j’ai trouvé évoqué pour la première fois, avec une grande puissance, le lien qu’une âme romanesque pouvait établir entre des paysages étranges et des tourments personnels. Ce thème se retrouve par exemple dans « Twilight’s Embrace ». Par ailleurs, nous adorons les archétypes exploités par la culture et la littérature gothique et puisons allégrement dans cet univers de référence. De plus, le passage en français qui figure dans « Moonflower » (une grande première pour nous) est un extrait du roman de Rosarius que j’évoquais plus tôt.

La dimension symphonique occupe un espace considérable (le violon est sublime), tout comme le chant féminin qui devient aujourd’hui une composante essentielle de votre son. Pourquoi ces choix ? Se sont-ils imposés d’eux-mêmes pendant la composition de l’album ?

Sans titre-19 newJe pense que la musique d’Angellore était faite pour cela. Nos compositions induisaient, souhaitaient désespérément bénéficier de ces couches d’arrangements supplémentaires. A l’époque d’Errances, nous n’avions pas encore fait l’expérience du studio et cherchions à conserver intact l’esprit de nos premières ébauches. Nous tenions aussi à affirmer notre appartenance à la scène metal, en insistant principalement sur la puissance des rythmiques. Cette fois-ci, le but avoué était de conférer à chaque passage un maximum de beauté. Cela nécessitait tantôt de retirer des pistes pour laisser respirer les mélodies et parfois, au contraire, de  multiplier les arrangements et les couches de claviers pour atteindre nos objectifs. En ce qui concerne le chant féminin, c’est un peu particulier. Rosarius a composé une brève ébauche de « Still Glowing Ashes », et j’ai tant aimé la voix de Lucia que nous avons décidé de travailler avec elle. « Inertia » n’aurait pas existé, ou n’aurait en tout cas pas été la même si nous n’avions pas eu Lucia avec nous, c’est certain. Par la suite, beaucoup de décisions ont été prises en studio, toujours dans l’idée de donner le meilleur à chaque seconde de l’album.

Y a-t-il deux ou trois moments forts que vous pouvez extraire de la phase de composition et d’enregistrement de l’album ? Des émotions puissantes ressenties pendant ces moments d’exaltation artistique qui auraient pu vous interpeller et que vous pourriez nous confier…

Quelle belle question ! Pour ma part, toute la phase de composition de « Twilight’s Embrace » a été très marquante. C’était la première fois que je prenais sur moi d’écrire un morceau metal du début à la fin et de le présenter à mes compères pour l’intégrer à un album d’Angellore. Les paroles sont très personnelles et lorsque le thème final s’est imposé à moi et que je l’ai joué pour la première fois, j’ai vraiment été submergé par l’émotion. Cette mélodie, en dépit de sa simplicité, résonne en moi de façon difficilement explicable. Un grand moment de magie a aussi été le solo central d’« A Shrine Of Clouds ». Rosarius l’a purement et simplement improvisé en studio, alors qu’il s’agit de l’un des plus beaux moments de l’album ! D’après moi, il a été touché par la grâce. Lorsque nous avons commencé à répéter ces deux titres, entendre les trouvailles de batterie de Ronnie s’est également avéré très exaltant. Il marque profondément les breaks avec une empreinte si forte qu’on pourrait reconnaître les titres rien qu’en écoutant la batterie isolée des autres instruments. Enfin, en studio, enregistrer la voix extrême de « Still Glowing Ashes » m’a beaucoup ému, notamment le second couplet. Les larmes n’étaient pas loin. Nous adorons l’expérience studio et avons déjà hâte de donner naissance à de nouvelles chansons encore plus chargées en émotions – si la chose est possible !

En vous écoutant, on pense évidemment à Saturnus (l’ouverture de « Twilight’s Embrace » n’est pas loin du plagiat, attention les gars ;)), à Draconian, à toute cette époque bénie pour le genre (je dirais la période à cheval entre les deux derniers siècles [1997 /2003], avec Yearning, The Sins Of Thy Beloved, les premiers Lacrimas Profundere, Avrigus, On Thorns I Lay, etc.). Bref, votre musique peut évidemment évoluer, s’enrichir, s’affiner, mais elle s’inscrit inexorablement dans un registre musical qui a ses limites et qui a été exploré de fond en comble. Comment voyez-vous l’avenir d’Angellore ?

Sans titre-16 newNous nous sentons très proches de toutes les formations que tu cites et sommes fiers de nous placer dans leur sillage. Pour autant, je n’ai pas la moindre inquiétude concernant l’avenir d’Angellore. Notre deuxième album ouvre de très nombreuses pistes qui méritent d’être approfondies et nous avons déjà des objectifs précis en tête pour notre troisième opus. « Moonflower », comme je le disais plus tôt, atteste d’influences assez nouvelles pour nous, que nous allons très certainement développer pour ajouter encore plus de couleurs à nos titres. Les morceaux d’Angellore s’efforcent d’éviter toute monotonie et répétition fastidieuse. Ils sont très contrastés (on nous le reproche souvent), variés, avec des passages clairs qui exaltent des montées en puissance. Le fait d’avoir deux compositeurs, trois voix différentes à disposition et l’apport d’un batteur très impliqué permet de varier les plaisirs et de brasser un très large spectre d’influences. Pour moi, Angellore a trouvé sa recette dès sa première démo, même si l’objet en question était encore vilain et maladroit. Cependant, même si les bases sont fixées, je sais que nous sommes encore très loin d’avoir fait le tour de la question ! Nous avons encore beaucoup de choses à exprimer.

Avec un tel album sous le bras, des portes vont forcément s’ouvrir, des propositions vous seront probablement faites. L’idée de jouer live vous tente-t-elle ? D’autres projets autour d’Angellore sont-ils au stade de réflexion ? 

Merci beaucoup pour ces belles pensées. Je serais moins optimiste que toi en ce qui concerne notre avenir, car notre style est tellement aux antipodes de ce qui vend actuellement sur la scène metal que je ne suis pas très confiant quant à nos chances de percer ! Cependant, je dois reconnaître que nous avons déjà reçu de très belles propositions concernant d’éventuels concerts, que nous avons pourtant refusées, faute d’une bonne préparation. Nous avons les musiciens qu’il faut à portée de main, mais comme nous sommes tous très pris et éloignés, répéter et bosser régulièrement s’avère très difficile. Néanmoins, nous espérons donner au moins quelques concerts à l’avenir. Nous aimons trop la musique d’Angellore pour la garder pour nous, et notre label nous pousse dans ce sens. Jouer avec Draconian serait un vrai rêve (nous te devrions une fière chandelle !) et accomplir une tournée aussi, mais je pense que ce n’est pas à l’ordre du jour. Même si je suis capable d’interpréter mes compositions, je suis un musicien assez médiocre techniquement et j’aurais besoin de beaucoup de préparation avant d’envisager quoi que ce soit !!

Vous l’embrassez de votre musique, la chantez, la célébrez… mais dites-moi, quelles sont vos croyances personnelles sur la mort ?

Chaque membre du groupe fournirait une réponse différente à cette question. Personnellement, je suis catholique : je vois la mort comme un passage et me sens en confiance quand je pense à ce qui nous attend dans l’au-delà. Là où nous nous retrouvons au sein du groupe, c’est lorsqu’il s’agit de parler de la mort en tant que symbole, de ses multiples représentations, de ce qu’elle évoque, et de cette tragique idée de séparation. Même en ayant la conviction que l’âme survit et que des retrouvailles sont possibles, il reste ce mur infranchissable et la difficulté d’affronter le quotidien éloigné de ceux qui nous ont « quittés », comme on le dit si bien. Vaste question… C’est aussi ce mystère qui nous attire, nous fascine, nous séduit.

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