Andy Jackson, producteur de Pink Floyd – à propos de The endless River

09 Déc 14 Andy Jackson, producteur de Pink Floyd – à propos de The endless River

Andy Jackson, anciennement assistant de l’exigeant James Guthrie, pilote aujourd’hui le studio TubeMastering. Il a travaillé à maintes reprises avec Pink Floyd depuis 1980 : enregistrement des performances The Wall à Earls Court, enregistrement de l’album de la fin de règne de Roger Waters, Final Cut, entre autres. Puis Andy s’est retrouvé aux manettes sur le premier album solo de Roger, The Pros and Cons of Hitchhiking, et a pris implication directe et frontale sur toute l’ère post-Waters du Floyd. Il est alors devenu l’accompagnateur permanent de David Gilmour dans la finition du sound design « de seconde génération » du groupe. Une collaboration qui s’est prolongée jusque sur les récentes épreuves remasterisées du fond de catalogue de PF : fameuses et luxueuses éditions Immersion dont les imposants contenus bonus ont fait l’objet d’un traitement poussé par Andy.
Très directement concerné, aux côtés de Phil Manzanera (Roxy Music) et Youth, par l’achèvement de l’ultime et quinzième album du Floyd
The endless River, Andy (par ailleurs partie prenante à The Eden House et producteur par le passé de Fields Of The Nephilim) a éclairé Obsküre sur quelques points de détail de la phase créative terminale d’un projet essentiel parmi tous dans le monde des musiques expérimentales et psychédéliques. Entretien, donc, à propos du chapitre XV et dernier de l’ère Pink Floyd : The endless River, sorti à la mi-novembre… et posé, en ce qui concerne ses bases en tout cas, à cheval sur 1993 et 1994. Constitué de chutes de studio retravaillées de l’ère The Division Bell et finalisé sur une période totale de six semaines, ce faux-vrai nouvel album est l’hommage posthume au claviériste Richard Wright, décédé le 15 septembre 2008. Dans sa mouture première, il aurait pu sortir sous la forme du projet (finalement abandonné et dont il ne reste ici pas grande trace) The Big Spliff.

:: Propos recueillis le 7 décembre 2014 ::

Obsküre Magazine : Tu as œuvré à plusieurs reprises, depuis les années quatre-vingt, au service de Pink Floyd. En ce qui concerne en particulier The endless River, une ambiance spécifique s’est-elle installée en studio, par rapport à d’autres séances que tu as pu connaître en compagnie de Gilmour & co. ? Y a-t-il eu quelque chose de stressant pour les personnes investies alors en studio, du fait qu’il s’agisse de finir l’ultime opus du groupe ?
Andy Jackson :
Non. C’est même le contraire qui s’est produit, à certains points de vue. C’était presque plus facile qu’avant, car nous n’avions pas à nous préoccuper de songwriting. C’était par certains aspects un processus moins engageant, moins nécessiteux. Le problème principal s’est résumé à notre exigence : il ne fallait pas le faire pour le faire, Richard n’aurait pas voulu de cela. Et puis une fois que nous avons lancé le processus, nous avons senti que cela pourrait aboutir à un enregistrement de qualité. Pour l’essentiel, je crois avoir vécu les choses de manière plus facile que sur les précédents enregistrements, The Division Bell ou A momentary Lapse of Reason. Et tout particulièrement ce dernier, d’ailleurs, auquel je raccroche un souvenir de difficulté prégnante.

Y a-t-il eu un gros travail de tri, de nettoyage et de finition des structures qui ont émergé à l’époque des séances de The Division Bell ?
Oui, complètement… Mais nous avions conscience du travail à effectuer à partir de ce matériau-là lorsque nous avons attaqué. Il y avait des choses à faire par-dessus l’existant. Initialement, Phil Manzanera et moi avons extrait des différentes structures les guitares jouées solo, de manière à les transposer dans des clefs différentes, leur donner d’autres environnements, les replacer. Il ne s’agissait pas que de reprendre du matériau existant et nous le savions très bien.

David Gilmour & Nick Mason (Pink Floyd, 2014)

David Gilmour & Nick Mason (Pink Floyd, 2014)

Le tracklisting a été précommandé par David et Nick ou avez-vous eu à réfléchir ensemble sur la façon dont vous ordonneriez l’ensemble et créeriez des liens ou des fondus entre certaines des phases instrumentales ?
Phil Manzanera et moi-même sommes restés à l’initiative sur ce plan. Il y a bien eu quelques changements. Les choses deviennent ce que tu en fais, en fonction du liant que tu leur donnes. Les changements éventuellement imaginés posaient des problèmes au niveau des claviers. Un des exemples les plus flagrants concerne pour moi l’enchaînement entre « On Noodle Street » et le suivant, comment s’appelle-t-il déjà… « Night Light », voilà. Un changement de gamme s’est produit ici et les choses s’en trouvent exactement là où elles sont du fait de la figure guitaristique finale. Je ne nierais pas que nous avons connu des moments délicats… En même temps, comment dire… c’est notre métier !

Qu’est-ce qui s’est avéré particulièrement facile ou difficile lors de cette ultime épreuve studio pour Pink Floyd ?
C’était moins une dimension de « difficulté » que de niveau d’attention à accorder au travail. Le truc, c’est que nous faisions face à toute une matière existant déjà, une masse qu’il fallait prendre telle quelle (N.D.L.R. : David Gilmour affirme que le groupe a écouté plus d’une vingtaine d’heures de musique en phase de pré-tri pour ce disque)… C’étaient de gros blocs de lego avec lesquels il fallait construire quelque chose. Du point de vue de la base, c’était plus facile car nous avions « de quoi » ; mais techniquement, cela présentait une difficulté particulière : nous faisions face à une chose qui, par bien des aspects, ne pouvait pas être modifiée.

Andu @ Astoria Studios [Image source : http://www.recordproduction.com/andy-jackson-astoria-studios.htm]

Andy @ Astoria Studios [Image source : http://www.recordproduction.com/andy-jackson-astoria-studios.htm]

Y a-t-il eu une angoisse particulière exprimée par l’un des musiciens d’origine à l’occasion des séances ?
Nick (N.D.L.R. : Mason, batteur originel) s’est beaucoup inquiété de la dimension qualitative du disque (rire). Il a fait part de ce souci, surtout au commencement du travail ; mais ses angoisses ont commencé à se dissiper une fois le travail entamé. Il y a bien eu un problème sur une forme musicale qui fonctionnait mal. Ce qui est devenu la chanson « Louder than Words » (N.D.L.R. : seul morceau chanté de l’ensemble et dont les paroles ont été écrites par l’épouse de Gilmour, Polly Samson) comportait une partie III et une partie IV. Une fois que cette structure s’est affirmée en tant que chanson, il nous est apparu qu’elle devait conclure l’album. Nous avons donc switché ces parties supplémentaires, qui de toute manière ne fonctionnaient pas très bien là où elles étaient. Nous avons essayé diverses choses afin de remédier au problème mais au final, et cela s’est fait sur ma suggestion, nous avons préféré couper court et opérer certains décalages. L’ordonnancement de la face 3 et de la face 4 de l’album s’en est trouvée assez sérieusement modifiée. La structuration de l’ensemble a pu s’avérer délicate, parfois.

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David, à l’occasion de cet ultime travail, semble avoir réévalué l’apport de Richard Wright dans le sound design de Pink Floyd. De quelle manière l’évaluerais-tu toi-même ? Que crois-tu que Wright ait laissé au groupe ?
Nous avons tous réfléchi à nouveau à propos de ce que Rick avait amené avec lui. Pour moi, c’est un mélodiste. Écoute pour t’en convaincre « The lost Art of Conversation » (N.D.L.R. : premier titre de la face 3 de The endless River) : ce n’est qu’une simple improvisation de Rick au piano et c’est tout simplement un très beau morceau de musique. Voilà ce qu’il a amené, je crois. La mélodie. C’est intéressant de repenser à tout ça car David lui-même est un grand mélodiste… ce qui donnait au groupe, sur ce plan, une force duale. Avec la disparition de Rick, cette chose-là est devenue particulièrement évidente. La mort de Rick est irréparable et très regrettable mais ce dommage est compensé par la puissance de la technologie, qui nous permet aujourd’hui de récupérer le meilleur de lui-même. De par ProTools et tous ces moyens-là.

Endless River PF sessions

Endless River PF sessions

Pour finir, quittons un peu Pink Floyd. Dans les années quatre-vingt-dix, tu as travaillé avec Fields Of The Nephilim pour les dernières traces officielles du premier line-up : le troisième album Elizium et le marquant opus live Earth Inferno. Es-tu personnellement investi dans la prochaine production de McCoy, Pettitt & co. et si oui, où en est ce travail ?
Non, et je ne peux donc rien te dire de précis à ce sujet. Je ne travaille pas sur ce projet. Bien évidemment je reste très, très ami avec Tony (N.D.L.R. : Pettitt, bassiste de FOTN , musicien qu’Andy côtoie au sein du projet The Eden House) mais je n’ai pas revu Carl depuis quelque temps. Tony m’a en effet parlé du projet qu’ils avaient de réécrire ensemble. Au moment où il m’a dit ça, il m’a semblé que Tony et Carl commençaient l’écriture en compagnie d’un des guitaristes actuels (N.D.L.R. : De ce que nous pressentons, il doit s’agir de Gav King, permanent dans FOTN depuis la date du retour à L’Astoria mi-2007). Je ne sais pas du tout où ils en sont, je ne crois pas qu’ils aient enregistré encore grand-chose. Cela dit… honnêtement, je ne sais pas. La seule chose que je sache vraiment c’est que Tony est de retour au bercail et qu’il a l’air d’en être fort heureux. Pour le reste… Carl peut être très lent, de ce que j’en sais (rire).

> SORTIE : PINK FLOYD
The endless River (Parlophone / Columbia) (2014)
Production : David Gilmour / Youth / Andy Jackson / Phil Manzanera
> WEB OFFICIEL
www.pinkfloyd.com
www.tubemastering.com (studio d’Andy Jackson)

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