Amanda Palmer – Interview bonus Obsküre Magazine #11

04 Oct 12 Amanda Palmer – Interview bonus Obsküre Magazine #11

Tu veux du Amanda Palmer ? Toi aussi tu es tombé amoureux de son nouvel album – parce qu’il n’y avait pas d’autre choix, ce machin-là t’attrape et te consume le cerveau, mais tu sais que c’est pour ton bien ? Voici du Amanda Palmer, encore et encore. De rien.

(Nota bene : Les extraits de l’entrevue ci-dessous ne comprennent pas l’échange retracé dans Obsküre Magazine #11 de septembre/octobre 2012).

Quelques mots sur Kickstarter, la structure qui a permis au public de t’aider à financer la promo de ton nouvel album ?
Kickstarter est juste un très gros outil sur lequel j’ai déjà une assez grosse fanbase. J’aurais pu faire les choses de mon côté, demander à tous mes amis et fans de précommander l’album mais… bon. Kickstarter a quelque chose de spécial, tout de même. C’est un système très approprié pour se mettre en relation avec ses auditeurs ; cela met les gens à l’aise d’être en contact direct avec l’artiste. C’est un bon outil de médiation entre artiste et auditeurs.

Pourrais-tu nous en dire plus sur « Want it back » ? Pourquoi avoir choisi ce titre comme premier single ? Et qu’ajouterais-tu sur cette incroyable vidéo ?
C’est la chanson la plus pop de l’album, elle s’imposait comme single. Le clip est très beau et j’en suis très fière, d’autant qu’il n’a rien coûté ! Mais sa réalisation a néanmoins beaucoup demandé en terme d’investissement personnel. C’est une bonne façon de rappeler aux musiciens qu’ils n’ont pas besoin de cent mille dollars pour faire un bon clip. Il suffit de réunir un ou deux mille dollars, quelques amis, et on peut faire quelque chose de formidable. Ce qui me fait plaisir quand je pense à ce clip, c’est que je suis indépendante et que je n’ai rien à justifier auprès d’une maison de disques. Je n’avais même pas prévu de faire ce clip, tout est arrivé très vite. Ma première impulsion a été de faire quelque chose où j’utiliserais mon corps comme canevas, et j’ai eu l’immense chance de travailler avec l’excellent Jim Batt ; nous avons, d’une certaine manière, improvisé ce clip ensemble. J’avais les idées de base mais petit à petit elles ont évolué, grandi, j’aime beaucoup cette manière de créer. C’est beaucoup plus agréable que de suivre des scripts. Ça me rend toujours triste, quand les choses sont trop planifiées.

Que penses-tu aujourd’hui de l’expression punk cabaret, qu’on a souvent employée pour décrire la musique des Dresden Dolls et celle de ton projet solo ?
Je pense que ce terme est tout à fait approprié pour définir l’ensemble de ce que je fais. Je suis punk cabaret, c’est ce que je suis. Je ne pense pas que ça changera beaucoup. Tout dans ma vie, mes proches, mon art, le théâtre, les musiciens qui m’ont influencée, ont un lien avec le punk rock. Le mot « punk » est un peu simple mais approprié pour définir simplement les artistes qui ne suivent pas les règles. Les meilleurs artistes sont ceux qui ont un côté punk ! Quant au cabaret, il m’a toujours fait penser à un groupe de gens désespérés qui traînent à un vernissage. Mon but dans la vie est de traîner aux vernissages les moins intéressants et de m’y faire des amis. C’est le lieu où tu bois avec tes potes bohèmes. Punk cabaret, c’est davantage une philosophie qu’un simple genre musical.

Dans quelle atmosphère as-tu travaillé pour Theatre is Evil ? Qu’est-ce qui t’a influencée ?
Les chansons de cet album ont été écrites au fil des années. Je ne peux témoigner de mes influences que plus tard. Avec le recul, parfois je me dis, tiens, tel morceau me fait penser à Gary Numan, My Bloody Valentine, ou The Cure ou Depeche Mode… Avant la création d’une chanson, mes influences sont inconscientes, ce n’est que plus tard que je prends vraiment conscience de ce qui a pu m’influencer. Pour vraiment m’approprier l’album, j’ai besoin de prendre ce que j’aime bien dans chacune de mes influences. Pour trouver l’accroche et la simplicité, cette fois-ci, j’ai consciemment puisé dans la musique des Cars ; j’ai ressorti mes vieux disques et j’ai observé le style de batterie, le style d’enregistrement de la basse, le placement du chant dans le mixage. Cette année, un seul CD a tourné dans ma voiture, le best of des Cars ! Il ne m’a jamais ennuyée, m’a appris comment composer des morceaux pop simples, efficaces, purs, au point qu’ils m’évoquaient une vérité universelle ; les gens qui montaient dans ma voiture ont dû subir mon interminable période Cars et ont compris la perfection de ces structures et de ces mélodies – tout le monde adore écouter « My best Friend’s Girl » et à « Shake it up ». J’ai été inspirée par cette idée que je pouvais faire d’une chanson comme « The killing Type » le titre le plus simple possible – le meilleur choix possible pour la chanson.

Comment as-tu réussi à mélanger des influences aussi variées, des tonalités aussi différentes, au sein d’un même album, parfois même au sein d’un seul titre ?
C’est plus facile que tu ne le croies. Le morceau m’indique la direction à prendre. Je n’écris rien à dessein. Je ne me dis pas « tiens je vais écrire une chanson pop/cabaret ». Les chansons viennent dans ma tête, je m’assois et je les laisse venir. Plus je vieillis, plus je m’améliore et plus je comprends ce dont ont besoin les chansons. Si la chanson n’a aucune signification profonde pour moi, elle ne peut pas être bonne. Jherek voulait vraiment un arrangement orchestral pour « The Bed Song ». Il a créé des cordes magnifiques, des cuivres, des percussions ; c’était beau, mais j’ai pris du recul et j’ai dit : « tu sais, je crois que ce titre n’a besoin que d’un piano seul. Pour qu’il soit vraiment fort, il doit être dépouillé » En tant qu’artiste et arrangeuse, il faut beaucoup d’expérience pour se rendre compte à quel point la simplicité peut être une bonne chose. Bien sûr, quand tu as le budget et la possibilité, tu peux tenter tout ce que tu veux. Ça peut être très excitant et j’ai été un peu victime de ça sur mon précédent album. Je mettais des orchestrations pour cordes absolument partout ! Parce que je le pouvais et que j’en avais les moyens ! C’est seulement après que j’ai compris que ça ne rendait pas forcément service à l’album. Cette fois-ci, j’ai fait en sorte de réduire les morceaux à leur plus simple appareil pour qu’elles aient un véritable impact émotionnel sur les auditeurs. Si cela implique de jouer sur un ukulélé, soit ! Si ça signifie ne pas utiliser les cordes, cuivres et percussions, ainsi soit-il. Tu dois accepter le fait que certaines décisions sont prises un peu au hasard. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision, il faut faire un choix et s’y tenir.

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