Allerseelen

25 Mai 11 Allerseelen

Figure aujourd’hui incontournable de la scène post-industrielle, le parcours qui sépare les premiers enregistrements rituels et chamaniques de Gerhard Hallstatt jusqu’à la dark pop teintée de métal-indus du dernier opus, Rauhe Schale, a été jalonné par un grand nombre d’albums, riches et variés. Influencé aussi bien par Coil que Zero Kama, sa musique est elle-même devenue une source d’inspiration pour la jeune génération. En vacances en Catalogne, nous avons rencontré la personne derrière Allerseelen autour d’un bon repas lors d’un concert en forêt du projet Arnicà le 19 février. Entre deux verres de vin espagnol, nous avons échangé quelques mots sur son prochain album et sur ses activités au sein du label Ahnstern.

Obsküre Mag : Au début du projet Allerseelen, quelles étaient tes inspirations et comment travaillais-tu le sampling ?
Je lisais beaucoup de livres sur l’occultisme, la magie, puis j’ai eu envie de faire de la musique. Mes lectures tournaient autour de l’alchimie, la mort, la résurrection, le soleil noir. Mais je voulais que la musique soit différente de ce que l’on entend normalement. Par exemple, si je faisais un morceau sur la thématique de la mort, j’allais utiliser des sons faits à partir d’ossements. Si je composais un morceau qui tourne autour de la nuit et des ténèbres, j’utilisais des cris de corbeaux par exemple. Je prenais ces sons, j’en faisais des boucles, je jouais un peu de violon et de tambour, ce qui a donné des enregistrements très shamaniques.

Dès le début, tu as utilisé le sampling. Quel matériel possédais-tu : était-ce des boucles à partir de cassettes ou avais-tu un vrai sampler ?
J’avais un petit clavier sampler. Parfois, je faisais des boucles avec les cassettes aussi. Mais les boucles avaient toujours la même durée. J’ai utilisé ce sampler jusqu’à ce qu’il se casse. Puis j’ai travaillé avec d’autres qui se sont cassés aussi. Maintenant j’en ai un bon qui reste stable.

On a pu comparer ces enregistrements à un groupe comme Zero Kama. Quels étaient les groupes dont tu te sentais proche ?

Ça a toujours été Throbbing Gristle, Psychic TV, Coil, SPK, Test Department et Einstuerzende Neubauten. Ce sont toujours mes groupes favoris.

Des groupes très industriels.

Oui, et post-industriels aussi.

Ta méthode a-t-elle changé car avec les années tu as intégré des musiciens dans le groupe ?

Ma méthode n’a pas changé car je ne joue d’aucun instrument. Je ne fais que mettre en boucle encore et encore. Mais je travaille avec d’autres musiciens qui eux s’y connaissent. Pour ma part, j’aime ou je déteste. Parfois, des amis proches qui sont musiciens me conseillent. Personnellement, je peux lire les notes mais je ne peux pas jouer de piano. C’est pour cela que les constructions sont assez simples mais les personnes avec qui je collabore apportent leur musicalité, qu’ils soient violoniste, bassiste ou guitariste.

Quand sais-tu qu’un morceau est achevé ?

Généralement, j’enregistre le morceau et j’en fais un mix. Puis je commence à l’écouter. Si j’arrive à l’écouter 300 fois c’est que j’aime la chanson. Si je ne l’écoute que cinq ou six fois, c’est que je n’aime pas le morceau. Ça m’arrive de détester mes propres chansons. Parfois, je refais un mix, et ça passe. Pour moi, c’est comme un journal intime.

De tous les albums que tu as faits, et il y en a des tas, lesquels représentent le mieux l’esprit d’Allerseelen ?

Je préfère toujours les deux ou trois derniers car ma vie a changé, ma musique a changé. Sur chaque album, il y a des morceaux que j’adore et d’autres que je n’aime pas. Ça rejoint cette idée d’un journal intime. Si tu prends l’année 1995 par exemple, il y aura du bon et du mauvais. J’ai de la distance aujourd’hui, comme si cela provenait d’un autre monde.

Si on s’attarde sur ton dernier album ou sur tes derniers albums, on peut parler de « dark pop ». Est-ce que tu te diriges vers plus de mélodies ?

Oui, mais j’aime aussi les rythmes vraiment industriels. Les enregistrements que je fais en ce moment se basent sur ce genre de rythmiques alors que les mélodies se rapprochent de la pop, avec une influence métal aussi. C’est une combinaison d’éléments. « Dark pop », c’est un terme que j’aime bien car je trouve qu’il colle à merveille avec un album comme Horse Rotorvator de Coil. C’est très sombre avec un grand nombre d’éléments pop. Pour moi, la pop n’est pas quelque chose d’hideux du tout.

Nous sommes aujourd’hui à un concert d’Arnicà. Tu les as signés sur Ahnstern, ton label. Peux-tu me dire ce que tu aimes chez ce groupe de Barcelone ?

Ahnstern est un label que je fais en collaboration avec Max de Steinklang. Si j’ai des idées pour un groupe, on en parle ensemble. J’avais vu Arnicà à Madrid il y a trois ans et j’avais beaucoup aimé leur performance. Dimo, mon batteur, qui joue aussi dans Svarrogh avait également beaucoup aimé. Donc on a été deux à lui dire que c’était un groupe merveilleux. Quand je vais dans un autre pays et que je vois un groupe qui me plaît, je pense immédiatement au label car nous cherchons des groupes qui soient entre la folk, la pop, avec un peu d’industriel et d’électronique. C’est ma musique préférée. Et surtout je suis attiré par les musiciens qui aiment la nature. Les musiciens d’Arnicà vivent dans les bois, ils ont la forêt dans leur maison et dans leur cœur, puis ils s’inspirent des animaux, des plantes. J’aime le concept c’est pourquoi je suis ici.

Dans la famille Steinklang, Ahnstern est-il le label sur lequel tu fais des choix artistiques comme pour la compilation Oak Folk, qui est sortie récemment ?

Oui, la plupart des groupes sur Ahnstern sont de très bons amis. C’est comme une famille. Max est débordé de travail donc la communication avec lui peut être difficile mais nous aidons beaucoup, que ce soit moi ou les musiciens d’autres groupes. C’est une vraie communauté. Nous parlons de musique, d’art, de nature autour de bons vins et de bons repas. C’est merveilleux, c’est comme une petite île que nous créons nous-même. Chaque ville est une île, chaque concert est une île et une maison comme celle-ci est une île.

J’ai eu l’occasion de te voir sur scène et c’est très différent des disques car il y a un vrai batteur, un vrai bassiste. Du coup, il y a une énergie très rock qui se dégage. Comment travailles-tu tes chansons pour la scène qui sont à la base faites avec des samplings ?

Les derniers morceaux ont été composés avec mon bassiste Marcel en Allemagne, et mon guitariste autrichien Joerg. Avant les concerts, nous pensons à quels morceaux jouer. Si nous jouons en Espagne, nous allons choisir des morceaux où il y a des textes en espagnol ou qui ont une connexion avec l’Espagne. Parfois je dirige un peu mais les musiciens sont en général meilleurs quand ils peuvent faire ce qu’ils ont envie, c’est le principe de la luxure. C’est un mélange de monarchie et d’anarchie, de chaos et de cosmos. Ce qui est intéressant c’est que ce soit différent des versions des albums.

Tu travailles sur quoi en ce moment ? Tu es en vacances ?

Actuellement, je suis en vacances en Catalogne. Mais tous les jours, j’ai de nouvelles idées qui me viennent à l’esprit et qui inspireront, je pense, de nouveaux travaux. Nous avons un concept pour le prochain album. Le titre que nous lui avons donné pour l’instant est Terra Incognita, une terre que nous ne connaissons pas.

Donc vous allez vraiment travailler, comme sur le dernier album, comme un groupe plus qu’un projet solo ?

Oui, je travaille avec Marcel, Joerg, qui joue aussi avec Der Blutharsch, il y aura aussi Nuria de Der Blaue Reiter et Arcana, elle jouera du violon sur un ou deux morceaux et elle chantera aussi une chanson en catalan. Je suis très curieux. C’est une nouvelle aventure et c’est très excitant.

Ce sera pour cette année ou l’année prochaine ?

L’année prochaine. Nous travaillons lentement.

www.myspace.com/allerseelen


Be Sociable, Share!