Alien Sex Fiend – interview 10/2018 (FR)

11 Oct 18 Alien Sex Fiend – interview 10/2018 (FR)

Alien Sex Fiend avaient bénéficié d’une relecture de leur carrière dans la rubrique Diskögr de notre version magazine début 2014.
Quatre ans plus tard, Nik et Mrs Fiend sont toujours vaillants. Qui peut tuer des zombies ? Leur nouvel album,
Possessed, est une nouvelle fois complexe et terrifiant car ses structures, ses paroles, refusent le format radio, simple et efficace… Pourtant, il suffit de rejeter ses a-priori sur ce que doit être ASF aujourd’hui. Le duo fait sa musique, pour lui d’abord. Les autres n’ont qu’à s’accrocher et suivre les pérégrinations de ces pélerins jamais décatis. Le noir leur va si bien…

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Nik, sur ta nouvelle peinture choisie comme visuel du disque, je vois trois couleurs, le blanc, le bleu et le rouge, celles du drapeau anglais, de l’américain et du français (et de beaucoup d’autres). As-tu pensé à cette toile de façon politique avec les fortes parties noires qui s’ajoutent à ce trio de base ?
Nik Fiend : Non, ce n’était pas mon intention d’établir une référence à un drapeau quel qu’il soit ou à une quelconque idée politique, mais chacun voit et interprète les choses différemment ; c’est intéressant d’entendre que tu perçois la peinture utilisée pour la couverture dans ce sens, mais cet artwork a en fait également des tons violets… Peut-être que si tu voyais la version double vinyle, avec une image d’une taille plus grande, tu verrais ce violet et plus de détails : pour moi, c’est plus comme une image psychédélique et vaudou !
Mrs Fiend : Nous avons composé un « enregistrement » [NDLR : jeu de mots : disque + enregistrement : « record »], comme une entité pleine et entière, avec la musique et l’artwork ensemble. Tu ne peux voir l’image intégrale tant que tu ne vois pas la face avant et l’arrière et même la version gatefold intérieure ou bien le livret du CD… Alors, ça sera plus clair en disant qu’il s’agit d’une combinaison de la face « claire » et de la face « sombre », les deux aspects [NDLR : jeux de mots « faces » d’un disque aussi] en équilibre…
Nik Fiend : La musique et l’art visuel sont mélés, les deux unis créent une thématique.

Alien Sex Fiend

Il y a un retour aux influences blues, la voix et la guitare au premier plan (« Shit’s coming down ») ou bien quelque chose en rapport avec la musique surf dans « Ghost in the Machine ». Est-ce là votre propre primitivisme ?
Nik Fiend : Nous avons toujours été primitifs, fort heureusement, nous n’aimons pas être compliqués outre-mesure : si ça nous chante, c’est bon.
Mrs Fiend : Eh bien, la musique rock s’est essentiellement construite sur les bases du blues, alors peut-être que tu picores ça dans cette histoire en marche avec la guitare ? Mais, pour n’importe quel puriste blues, ce morceau ne serait sûrement pas estampillé de la sorte. Comme beaucoup de nos chansons, « Shit’s Coming Down » est l’assemblage d’éléments divers : il a de très lourdes parties de batterie et une ligne de basse vrombissante, plus des effets sonores de tir d’armes, comme pour la guitare et les vocaux, alors avec tous ces éléments au premier plan, ça devient autre chose.
Nik Fiend : C’est souvent ce que nous faisons : nous assemblons deux genres différents (ou plus) de musique pour créer un nouvel hybride. Comme je te le disais au sujet de la couverture, les couleurs rouge et bleu créent du violet, un nouvel hybride, et nous faisons de même avec la musique.
Mrs Fiend : C’est pareil avec « Ghost in the Machine » – qui a une drôle de guitare psychédélique dans le fond. De plus, j’ai toujours pensé que la boîte à rythmes et les synthétiseurs, les samplers étaient des instruments « punk » et que le punk était une musique « primitive » pour beaucoup de gens…

Sauf si j’ai loupé quelque chose, « Invisible » me semble votre première tentative avec une ambiance acoustique, non ?
Nik Fiend : À l’origine, j’ai écrit « Invisible » sur une guitare sèche, et c’est peut-être ce qui t’a donné cette idée d’ambiance acoustique, même s’il n’y a aucune guitare sèche dans le morceau finalement enregistré, ce ne sont que des guitares électriques [NDLR : oui, c’est vrai, mais sans saturation, ce qu’on retrouve dans bon nombre d’enregistrements dits « unplugged »]. Quand nous avons enregistré la chanson dans le studio, j’ai confié le travail à faire à la guitare à Doc Milton (RIP [NDLR : il est mort le 22 septembre 2016]) de façon à me concentrer sur le chant. Mais je ne suis pas contre la guitare acoustique ! En fait, il n’y a pas de territoire musical que nous n’explorerions pas ou que nous n’avons pas exploré. Je crois aussi que la première vraie guitare acoustique que nous avons enregistrée pour un morceau, ça doit être « Isolation » sur l’album Here Cum Germs en 1987. Donc, non, ce n’est pas quelque chose que nous avons évité.
Mrs Fiend : Une autre personne qui a entendu « Invisible » a pensé que ça sonnait comme un titre de The Who !

Ce n’est pas fréquent pour vous d’utiliser des samples naturels ou même de l’harmonica (introduction et final de « Gotta get back »)… Je sens ce titre comme une sorte de prière folk. Est-ce qu’ASF a un Dieu ou une Déesse en lequel ou laquelle il croirait ?
Mrs Fiend : Nous avons utilisé beaucoup de samples naturels par le passé [NDLR : mais pas des grillons et du bruit de rivière, quand même ?!] et sur cet album – surtout les percussions – nous avions parfois enregistré un instrument naturel ou même un coup de tonnerre pour les utiliser sur d’anciens enregistrements. La fin dont du parles sur « Gotta Get Back » provient d’un enregistrement maison…
Nik Fiend : Mrs Fiend et moi, de même que Doc Milton, étions en train de travailler à quelques idées qui deviendraient certaines des chansons de l’album Possessed et nous avions un harmonica qui traînait. Doc l’a ramassé et a commencé à souffler dedans. Il ne s’embarrassait pas de détails, il s’amusait, c’est tout. Nous avions un vieil enregistreur cassette, simplement pour capturer des idées au vol, Mrs Fiend ça l’a faisait marrer et elle a dit : « Je vais chercher ma planche à laver », une blague sur ces vieux groupes skiffle des années 50 [NDLR : des groupes mixant jazz, country et blues jouant sur des objets de la vie courante, dont cette planche à laver en guise de batterie, voir par exemple cette vidéo]. Alors, j’ai pensé que ce serait un témoignage audio historique à inclure, un bon souvenir, parce que c’était Doc sans retenue et nous tous qui riions…
Mrs Fiend : Sinon, peut-être qu’ASF pourrait avoir une déesse des marais vaudou !

Alien Sex Fiend

Année après année, votre musique tend à être plus expérimentale et expressive : il y a là des breaks, une composition non linéaire, un long titre en troisième position de l’album, des rythmes lents, une intro noise sur « Amnesia ». C’est plus une musique pour se poser, fixer un point et ressentir, qu’une musique pour danser et crier. Est-ce une musique confuse pour des temps troublés ?
Mrs Fiend : Wah, t’as pensé à ça ! Nous n’avons pas pour habitude d’analyser nos disques ou nos chansons, nous laissons juste un disque ou une chanson prendre forme, de façon très organique…
Nik Fiend : Pour moi, personnellement, il y a trop de disques qui sont dans le même style, ou bien du même style tout du long, qui n’explorent pas différents domaines, qui ne se cantonnent qu’à un espace restreint ou bien dont la musique n’est qu’une musique d’ascenseur, une musique de fond. Ce n’est pas le cas avec la musique d’Alien Sex Fiend, elle peut partir dans tous les sens, elle nous conduit là où elle veut. Je ne veux pas que chaque album soit exclusivement fait pour danser, en fait aucun de nos albums n’a été pensé en ce sens. Ils sont toujours singuliers, uniques…
Mrs Fiend : Différents morceaux ont différentes atmosphères ou ambiances. Nous essayons de créer quelque chose de nouveau à chaque disque. Ce n’est pas simple après trente-cinq ans de continuer à concevoir et à expérimenter ! Alors, merci de l’avoir noté !
Nik Fiend : Dans l’ensemble, je pense que c’est davantage un album psychédélique, il crée un voyage, un trip, entraînant musicalement les gens dans différents royaumes. Avec la résurrection du vinyle, les gens vont se donner le temps d’avoir l’expérience d’un vrai disque et je crois que Possessed va être plus comme un rituel… Sors-toi un coussin et installe-toi par terre ! Utilise la pochette gatefold… !
Mrs Fiend : Et puis, tu peux vraiment danser sur quelques titres : « Shit’s Coming Down (Monster Mix) » marcherait vraiment dans les clubs et aussi « It’s in my Blood »… Mais, plus tard sur le disque, on a un changement d’ambiance, on quitte la lourdeur de départ… Comme on le disait plus tôt : « clair et sombre ».
Nik Fiend : Il y a toujours eu des temps troublés, toujours eu des conflits dans un lieu ou un autre pour des raisons quelconques, ça n’a rien de neuf. Nous avons toujours écrit des chansons sur ces sujets « Another Planet » (1988) et « Information Overload » (2004) sont deux exemples et on remet ça avec « Shit’s Coming Down », mais c’est plus une vision personnelle qu’une vision sur le monde, j’écris sur la condition humaine… Ce que signifie être un humain, les émotions, les sentiments, qu’il n’y a pas de barrières entre les gens, que nous sommes tous les mêmes dans un même respect. Je ne crois pas non plus que ce soit une musique confuse ; bien sûr, c’est une musique qui demande une implication, mais comme on l’a dit ailleurs, c’est une musique pour déranger le confort et pour réconforter les dérangés !

Simon ‘Doc’ Milton – guitare (RIP 22/09/2016)

Avec « It’s in my Blood », dirais-tu que la musique est toujours un échappatoire ?
Nik Fiend : Ah, mais c’est exactement ce que je pense ! Je n’ai pas le choix, jusqu’à ce que mon cerveau ou mon corps me dise stop ! La musique et l’art en général sont des choses que je dois faire et c’est comme ça depuis que je suis jeune. À cause de quelques expérienes traumatisantes, j’ai eu un choix, soit me débrouiller avec la musique et l’art, soit en passer par un traitement médicamenteux bien lourd. J’ai choisi la musique et l’art. Oui, « It’s in my Blood » est un état des lieux, c’est dans mon sang, c’est dans mon âme, c’est dans ma tête, c’est dans mon cœur. Pour moi, ces paroles, ça veut tout dire…

Alien Sex Fiend

C’est quoi ces effets sur la voix pour « Spine-Tingler » ?
Nik Fiend : Quels effets ? C’est ma vraie voix !!! (rires)

Quand considérez-vous qu’un titre est achevé ?
Nik Fiend : Parfois, les choses arrivent spontanément sur le coup et cette version tient le coup selon moi. Je ne choisis pas une version finale en fonction du mixage ou des données techniques, ma décision repose plutôt sur le sentiment global que la chanson fonctionne. C’est ça la musique pour moi, qu’une chanson ait ou non des paroles, la chose importante est comment ça se connecte avec moi.
Mrs Fiend : Parfois, nous continuons à faire des mixages mais quand tu réécoutes ce qui a été fait précédemment, tu comprends parfois que tu as dépassé le bon moment…
Nik Fiend : C’est vrai, un mixage antérieur a pu capturer l’essence de la chanson et tu ne t’en rends pas compte sur l’instant, tu dois le réécouter de nouveau, un peu plus tard. Parfois tu es si proche d’un morceau que tu ne peux pas apprécier ce que tu as fait, tu dois prendre de la distance. Ça peut aussi bien être quelques heures, quelques jours ou même des semaines après et là tu peux mieux l’évaluer. La chose la plus importante c’est que nos chansons doivent m’allumer, m’exciter, sinon je ne pourrais pas les laisser dans un album !

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