Alice Scarling – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

27 Sep 14 Alice Scarling – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

Le temps est venu de découvrir les compléments à l’interview d’Alice Scarling publiée dans le dernier numéro d’Obsküre à l’occasion de la sortie de son roman Lacrimosa, premier tome de la série Requiem pour Sascha. C’était un entretien passionnant, au fil duquel nous avons pu aborder de nombreux sujets, aussi bien en rapport avec la série – dont le tome 2, Dies Irae, vient de sortir au moment où j’écris ces lignes – qu’avec la bit-lit en général, et les activités d’éditrice d’Alice.

Petit rappel pour ceux qui débarquent : la série raconte l’histoire de Sascha, jeune fille chanteuse dans un groupe de metal, élevée dans un couvent jusqu’à ce que celui-ci soit dévasté par des vampires, et désormais chasseuse de suceurs de sang – son pouvoir de posséder le corps des êtres d’un simple contact lui est très utile dans ce job.

 

Par rapport à l’idée de se retrouver dans le corps d’un homme, de changer de sexe grâce au pouvoir, malgré le fait que ça ne soit que l’idée de départ, je la trouve très développée dans la relation entre Sascha et Raphaël… il y a tout un passage dans lequel les deux personnages se retrouvent coincés dans le corps de l’autre… et ce qui est intéressant, c’est que cela ne constitue pas un frein pour leur attirance mutuelle !

Je t’avoue qu’il y a le confort d’écrivain qui a joué, à ce niveau-là. La scène n’aurait pas été intéressante, si les personnages n’avaient pas réussi à voir l’autre en eux-mêmes à ce moment-là. Si Sascha n’avait vu, en face d’elle, rien d’autre que son propre corps, je n’aurais pas pu aller aussi loin, et ça aurait été dommage de ne pas conserver cet aspect des choses, qui était un peu l’origine de toute l’histoire. En chemin, pourtant, cette idée s’était perdue : je l’ai remise quand mon éditrice est intervenue sur le texte. Elle m’a demandé pourquoi j’avais enlevé la scène et je lui ai répondu qu’il me semblait que, finalement, on s’en foutait. Au contraire, elle trouvait cela très intéressant pour la construction des personnages. On l’a donc gardée.

 

Alice Scarling - Lacrimosa

 

Du coup, ça donne une sorte de relecture du mythe de l’androgyne, les deux sexes qui se retrouvent… ça donne beaucoup plus de puissance à la perfection de leur amour que dans les romances paranormales classiques.

C’est marrant que tu parles de ce mythe de l’androgyne, parce que cette histoire des humains, deux âmes dans un même corps séparées par les dieux, elle correspond aussi beaucoup à l’amie qui a inspiré le personnage de Sascha (cf. Obsküre 22). La référence mythique n’était pas vraiment consciente, mais elle était bien là tout au long de l’écriture, en fait.

Par rapport à l’humour, c’est aussi un élément clef de l’histoire. C’est l’héroïne la narratrice, et c’est Miss Pieds-dans-le-plat, tout en finesse. Cet humour et ce cynisme, ça fait partie de sa manière de vivre les choses… c’est un point commun avec toi ?

Oui, je pense. Ça vient de l’inspiration première, mais aussi d’un mélange avec des caractéristiques que j’ai. Pour moi, faire des blagues, c’est vital. Et dans mon quotidien, quand je croise quelqu’un qui n’a pas de second degré, ma vie devient très compliquée, parce que j’ai tendance à toujours parler au second degré. C’était obligé que ça se retrouve dans le texte.

Pour ce qui est de la religion : Sascha a été élevée par des nonnes, elle est donc associée à la religion. Est-ce que c’est simplement un élément de l’intrigue qui va être développé, ou est-ce que ça a aussi une valeur symbolique ?

C’est un élément de l’intrigue qui va être développé, tu le verras dans le tome 2, mais ça fait aussi partie de la construction du personnage. Elle ne serait pas aussi paumée si elle n’avait pas d’abord passé quinze ans de sa vie dans un couvent, complètement coupée du monde, coupée de toute notion de jeunesse. Elle n’aurait pas un tel besoin de faire les quatre cents coups derrière, elle ne serait pas en tel décalage avec tout. Et ça va prendre tout son sens dans le tome 2.

J’avais trouvé aussi que dans le roman, il n’y avait pas vraiment de manichéisme. On a des anges et des démons, le paradis et l’enfer, mais on se rend compte, à la lecture, que c’est relatif, que ça ne donne pas lieu à une segmentation.

Tu ne vas pas être déçu dans le tome 2 alors ! Je ne veux pas spoiler… Mais j’ai une perception de la religion assez particulière ; personnellement, je ne suis pas croyante, mais j’ai toujours été fascinée par les anges, les démons, le paradis et l’enfer, la conception de quelque chose de plus puissant au-dessus de nous. Je n’ai pas de croyance dans les religions telles qu’elles sont définies aujourd’hui, mais je peux croire à la possibilité qu’il y ait autre chose. Et du coup, sans me faire porte-drapeau d’une doctrine ou quoi que ce soit de ce genre, je propose ma vision du sujet. Concernant Lazarus (N.D.L.R. : que j’ai évoqué car je le percevais, contrairement aux autres personnages, comme un grand méchant), pour moi, ce n’est pas un méchant. D’accord, il a tué des nonnes, c’est pas très sympa. Mais je ne lui réserve pas le sort de tout méchant vampire qui se respecte. Pas mal de découvertes à faire dans le tome 2 !

Est-ce que le tome 3 est écrit ?

Il est en cours. Terriblement en retard, il ne faut pas que mon éditrice sache où j’en suis !

Un autre projet de série ?

Des milliards d’idées à la seconde… elles ne sont pas toutes bonnes à prendre, je note pas mal de trucs… pour l’instant, je me concentre vraiment sur Sacha, parce que les délais ne sont pas extensibles et j’ai vraiment l’intention de fournir la trilogie le plus rapidement possible. J’ai déjà une réputation de sadique sur Internet, et le tome 2 finit aussi sur du cliffhanger, donc il faut sortir le 3 rapidement. Mais je n’ai pas l’intention de m’en tenir là après Sacha, faire l’étoile filante de la littérature, en mode « j’ai écrit trois bouquins et je disparais ». J’ai plein d’idées, plein de choses que j’ai envie d’explorer, pas nécessairement en bit-lit d’ailleurs. Une fois que j’aurai fini le tome 3 et que j’aurai un peu dormi, je ferai le tri dans mes idées et je verrai.

Et tu es éditrice en plus à côté, non, pour Milady ? Du coup, ça doit être terrible, l’emploi du temps !

Je commence à faire un appel au don pour m’envoyer du Red Bull et autres substances plus illégales qui m’aideront à tenir !

Quelles séries tu aimes, en ce moment, en littérature ?

Mon dernier coup de cœur, c’est Lettres Écarlates d’Anne Bishop. C’est une série que je trouve très originale et qui m’a vraiment touchée. Ma série préférée, sinon, c’est Chasseuse de la Nuit de Jeaniene Frost, ma préférée de tous les temps en bit-lit.

Et pour finir, toi qui es une grande spécialiste de la bit-lit et qui as joué un rôle important dans sa diffusion en France, quel avenir tu imagines pour elle ?

Vaste question ! J’espère un avenir long et rayonnant, parce que c’est un genre qu’on commence tout juste à explorer en France, qui est en train de montrer ses limites aux Etats-Unis parce que c’est un marché qui a été submergé à un moment donné, mais nous avons quinze bonnes années de retard sur le marché américain. J’espère donc qu’on a encore quinze ans de bit-lit florissante devant nous. Mais de toute façon, je pense que c’est un genre qui est voué à rester, même si ce n’est pas au même point que maintenant. C’est vrai qu’en ce moment on a une grosse production, beaucoup de séries et d’auteurs à gros potentiel… ça ne va pas nécessairement durer éternellement, mais à mon avis, comme la mode du vampire qui est cyclique et qui revient tous les dix ans, je pense que la bit-lit va rentrer dans le même genre de cycle et avoir des périodes de creux et des périodes de hausse avec des nouvelles idées. Bel avenir devant elle, donc, à mon avis.

Est-ce que vous allez développer les auteurs francophones ?

On essaye. On a rouvert le service manuscrit depuis deux trois ans, on reçoit donc plusieurs centaines de manuscrits toutes les semaines. On n’arrive pas à l’envisager donc les temps d’attente sont longs, mais on a déjà quelques trouvailles issues de là… l’espoir, c’est qu’on en trouve plein, car je pense que les françaises ont autant de potentiel à en écrire que les américaines, je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas un genre français. Du côté de Milady, il y a une volonté de développer la bit-lit française, et si les auteurs veulent envoyer leurs textes, ça peut bien se goupiller !

Comment tu expliques que ce soit un genre aussi féminin, autant au niveau des écrivains que du lectorat ?

Ça vient de la définition que Milady a donnée de la bit-lit, je pense. Aux Etats-Unis, c’est un genre subdivisé en deux sous-genres, l’urban fantasy et la paranormal romance. La paranormal romance est un genre purement féminin, écrit à 99% lu et écrit par des enfants. L’urban fantasy est plutôt mixte. Milady, en lançant ce rayon, a inventé ce terme de bit-lit, presque un troisième genre, c’est-à-dire à la lisière entre l’urban et la paranormal, et on a forcément, donc, un aspect romance très fort qui n’est pas indispensable en urban fantasy, et c’est genre de séries que nous privilégions et que le lectorat apprécie. On s’entend là-dessus !

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