Adult. – Interview bonus Obsküre Magazine #15

03 Juin 13 Adult. – Interview bonus Obsküre Magazine #15

Histoire de s’injecter une dose supplémentaire d’Adult. dans les veines, parce qu’il serait dommage de ne pas fêter comme il se doit la sortie de leur excellent et très minimal wave The Way Things fall, on vous a préparé un petit bonus avec Nicola Keperus et Adam Lee Miller, notre couple de synthétistes préféré. Voici donc les extraits restés inédits de notre entretien paru dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai). Le plaisir avant tout !

Sur le site de votre label Ghostly, vous vous expliquez sur la naissance, assez inattendue, du nouvel album : « Nous n’avons jamais mieux travaillé, ensemble. Nous pensons que c’est parce que nous avons exorcisé nos démons dans les précédents albums. Sans bagage, nous avons tout recommencé. Nous avons pu laisser derrière nous les adolescents complexés. » À quels démons faites-vous référence ? Vous diriez que ces « adolescents complexés » sont devenus « adultes » ?
Nicola Kuperus : En ce qui me concerne, avec la musique, c’est comme si je pouvais travailler sur les émotions que j’ai besoin d’aborder, aussi bien que sur les sons. Enfant, je m’exerçais au piano. Je ne participais jamais à un groupe, mais j’étais toujours fan de musique. Quand on a commencé Adult., en 1997, je crois que j’avais énormément de choses à me prouver, et beaucoup à apprendre. Et maintenant, pour la première fois, je crée sans m’encombrer de ces arrière-pensées.
Adam Lee Miller : Adult. avait tendance à être toujours dans l’opposition, à critiquer la société. La société était un démon, pour moi ; j’avais besoin d’elle pour avoir des idées, mais ces idées étaient empoisonnées. Maintenant, je ne me soucie plus vraiment de la société au sens large ; la musique est donc plus personnelle, moins universelle – ce qui, ironiquement, la rend à mon avis plus universelle.

Qu’avez-vous fait entre 2007 et l’enregistrement du nouvel album ? Je vois que vous vous êtes consacrés à des projets visuels (notamment la série de films Three Grace(s)), et à la gestion de la rénovation d’un bâtiment commercial.
Nicola : Après Why bother ?, nous nous sommes tout simplement effondrés. Nous nous sentions incroyablement épuisés, et nous avions laissé de côté la part visuelle de notre créativité pendant trop longtemps. Nous avons donc arrêté ce que nous étions en train de faire, et avons changé de matériel. Nous avons décidé de faire un court film avec une bande-son live, Decampment – il dure trente-huit minutes. C’était vraiment excitant de faire ça, alors nous avons décidé de faire deux films de plus, pour approfondir le thème du premier : Traditions et Possession(s). Mais pour pouvoir réaliser ces films, il fallait trouver de quoi les financer. Alors on a fait de la construction pendant trois ans.
Adam : Nicola n’a jamais abandonné la photographie, mais moi, j’avais dû laisser de côté la peinture quand nous avions acheté notre maison, il y a neuf ans. Ça nous a pris six ans pour la rénover (d’autant qu’elle n’a rien à voir avec le bâtiment commercial dont nous parlions tout à l’heure). Notre maison a un atelier de peinture génial (qui fait aussi office de salle de montage pour nos films), maintenant. J’ai passé beaucoup de temps, ces trois dernières années, à peindre. Nous avons aussi fait quelques résidences d’artiste, depuis 2010, ce qui nous a aidés à vaincre notre fatigue.

adult_3

D’ailleurs, une nouvelle fois, la pochette de l’album est une photographie de Nicola. Que symbolise-t-elle de l’album ? Et plus généralement, comment décririez-vous le rapport entre votre identité visuelle – d’étranges photographies où n’apparaissent jamais les visages, qui présentent une conception très géométrique des formes et des couleurs vives ?
Nicola : La pochette symbolise les absurdités de la vie ; les absurdités que nous ressentons tous. Je pense que l’identité visuelle de nos albums a toujours reflété la tonalité, la tenue littérale de notre son.
Adam : Cette photo vient d’une vidéo que Nicola et moi avons faite en 2012 : « Rise & Fall : Repeat ». Je l’aime parce qu’elle est en même temps belle, triste, et absurde.

On peut parler d’un lien avec le surréalisme ? Vous pensez votre musique comme une expérience surréaliste ?
Nicola : Absolument.
Adam : Cocteau, Lee Miller et Maya Deren ont été de grosses influences pour nous, plus encore entre notre dernier album et celui-ci. Nos films, par exemple, comportent beaucoup de passages inspirés par les surréalistes.

Certaines personnes parlent d’electro batcave, pour définir votre musique. Qu’en pensez-vous ?
Nicola : Rien du tout.
Adam : Je n’avais jamais entendu ce terme, mais ça me plaît ! C’est nouveau. Notre musique a été décrite de millions de façons différentes et, pour moi, c’est un signe de succès !

adult_2

Vous pourriez m’en dire plus sur « We will rest » ? C’est l’un des titres les plus tristes que vous ayez écrits, non ?
Adam : Il est à la fois triste et empathique. Il se fonde sur un arc majeur : au début, frénétique et dominé par une grosse rythmique, il glisse progressivement vers quelque chose de mélodramatique. C’est difficile d’en parler. Parfois, je l’écoute et elle me laisse dans un état de tristesse ; et parfois, je l’écoute et je me sens libéré de pensées trop lourdes.

Et sur « Rise & fall », la conclusion au voyage The Way Things fall ?
Nicola : Nous avons pensé que cela ferait un bon « serre-livres » pour l’album. C’est un extrait de la vidéo dont nous avons parlé, « Rise & fall : repeat ».

L’album est dominé par une atmosphère très tendue, très sombre, notamment sur des titres comme « New Frustration » – dans lequel cette expression est répétée sur fond de claviers froids et lugubres. A posteriori, comment parleriez-vous de cette tendance à répéter les choses comme des versets aliénants et hypnotiques ?
Adam : Pour nous, la musique est tout entière fondée sur un motif. Le rythme. Répéter des motifs et des phrases permet aux textes d’exister aussi bien en tant que thèmes qu’en tant que rythmes. J’aime comme des titres tels que « New Frustration » peuvent faire progresser l’écouter vers une transe ; mais quand on y pense, cette chanson parle du fait d’exprimer une perpétuelle frustration.

Adult - The Way Things fall

> SORTIE
– ADULT. – The Way Things fall (Ghostly International) (2013)

 

Be Sociable, Share!