Aaron Moorhead & Justin Benson – Autour du film Resolution – Interview

02 Oct 12 Aaron Moorhead & Justin Benson – Autour du film Resolution – Interview

La 18e édition de l’Étrange Festival nous a offerts, comme chaque année, de belles surprises. Parmi celles-ci, nous avons décidé de nous intéresser à deux jeunes réalisateurs américains, plutôt rigolards il faut le dire, dont le premier long métrage, Resolution, a été présenté en avant-première et nous a fait découvrir un style nouveau, se jouant des genres cinématographiques et des attentes du spectateur, avec un sens aigu des dialogues percutants et deux acteurs principaux, Peter Cilella et Vinny Curran, totalement investis. Ces cinéastes répondent aux noms de Justin Benson et Aaron Moorhead et leur film possède le charme et la fraîcheur qu’avait eu Sang pour Sang des frères Coen à sa sortie. L’intrigue commence avec la meilleure des intentions : Michael, un homme installé, en passe de devenir quarantenaire, décide de séquestrer son meilleur ami Chris afin de lui faire stopper son addiction à la drogue et de le convaincre de suivre une cure de désintoxication. Mais des forces étranges les surveillent, des présences échappant à tout contrôle. Entre humour désopilant, étude sociale déjantée et références au cinéma d’horreur, l’intrigue du film pourrait sembler complexe mais on est vite happé dans un univers singulier et instable, qui s’appuie sur un scénario brillant et imprédictible. Un film qui témoigne de la vitalité du cinéma indépendant contemporain. Nous avons donc souhaité discuter avec ces deux énergumènes le lendemain de la première projection et autour d’un bon verre de whisky…

Justin Benson

Aaron Moorhead

ObsküreMag : Quand vous êtes-vous rencontrés et quand avez-vous commencé à travailler ensemble?
Aaron Moorhead : J’ai déménagé de la Floride à Los Angeles où j’ai travaillé pour la compagnie de pub de Ridley Scott et lors de mon premier jour de travail, en fait je n’ai pas vraiment travaillé, tu ne tournes pas, tu es plutôt dans les paperasses, tu fais connaissance. Ce premier jour c’était en fait le dernier jour de travail de Justin. Il m’a briefé en me disant ce qu’il y avait à faire et ce à quoi il fallait s’attendre. On s’est échangé nos numéros de téléphone. Il m’a dit qu’il voulait écrire, produire et réaliser des films. De mon côté, je voulais être un directeur de la photographie et un réalisateur. Puis les trois années qui ont précédé Resolution, on a commencé à travailler de plus en plus ensemble. On a commencé à tourner des choses qui ont culminé dans le projet Resolution.

Donc Justin était ton mentor?
Justin Benson : J’étais son mentor pour faire des photocopies et s’occuper des déjeuners. (rires)

Vous avez fait des films avant celui ci ou c’est votre premier?
C’est notre premier long métrage mais nous avons fait beaucoup de courts, des clips musicaux. Il y a presque vingt ans de do it yourself derrière.

Est-ce que vous vous êtes inspirés de vos expériences personnelles pour cette histoire?
Aaron : On avait accès à la cabane et au budget nécessaire sur un plan méthodologique. Ce dont il n’aime pas parler, c’est sa dépendance à la méthadone. Non, c’est une blague.
Justin : Je ne sais pas raconter d’histoires donc je reproduis les choses de ma vie. Non, je plaisante. Aaron et moi on travaillait bien ensemble. On avait l’argent, on avait les deux acteurs principaux avec lesquels on a travaillé sur des publicités à petits budgets. Ils ne se connaissaient pas mais il y a eu de la magie entre eux. Le scénario a été écrit pour nous et pour que nous le réalisions. Nous avions la cabane disponible. Et bien que nous ne parlons jamais de cinéma de genre, nous avions décidé de faire un film qui fasse peur. Mais en y ajoutant du drame social et de l’humour. Donc bien que nous n’avons pas choisi de faire un film d’horreur, nous voulions que ça fasse peur. Des films d’angoisse qui se passent dans des cabanes, c’est une grande tradition dans le cinéma indépendant américain.

Oui, le film commence avec ce gars à l’allure de redneck qui tire sur les oiseaux devant sa cabane au fond des bois.
Aaron : Ces gens-là existent!
Justin : Nous jouons beaucoup avec les attentes du public. Commencer par une cabane dans les bois dans l’Amérique rurale est la première des fausses pistes. Ce que l’on attend ne se produit pas, mais à notre avis il se produit des choses bien plus terrifiantes.
Aaron : Une de nos premières bandes-annonces était encore plus ambiguë et notre film est très difficile à définir. Nous avons montré cette bande-annonce à quelques personnes qui n’avaient pas vu le film et elles pensaient que Michael avait tué Chris et passe le film à essayer de couvrir son acte. Nous avions pris des images où Chris dit « Ne fais pas ça Michael », puis on le voit creuser une tombe. Les gens pensaient que c’était un thriller psychologique : il tue son ami, il doit faire face à sa peine et sa personnalité se dédouble.

 

Je pense que le personnage de Michael est peut-être ce qu’il y a de plus terrifiant dans le film.
Dans la vraie vie, il est possible que Michael soit un psychopathe.
Justin : Personnellement, je ne suis pas d’accord avec tout ce que fait Michael. Mais j’ai parlé à des gens qui trouvent que ce qu’il a fait est bien pour aider son ami. Mais Chris n’a pas vraiment de problèmes, il ne fait de mal à personne. Ce que fait Michael est au bout du compte très égoïste. C’est pourquoi il te fait peur?

J’ai fait l’expérience de ce genre de personnes et je trouve que votre description est très fidèle. Pour moi, c’est vraiment un film qui parle de l’ego. En tant que réalisateurs, travailler à deux c’est aussi oublier l’ego. Y a-t-il eu des problèmes dans ce procédé de travail?
Aaron : La première fois que nous avons eu cette conversation c’était au tout début de la production du film. Il était important que le fait d’avoir deux réalisateurs ne donne pas deux voix au film et au tournage. Il faut bien entendu que tout le monde soit heureux, mais il ne fallait pas que quelqu’un s’adresse à l’un d’entre nous en pensant que l’autre pense autre chose. Cela pourrait ruiner la performance des acteurs et l’équipe. Tous les problèmes et discussions ont donc eu lieu avant le tournage. Nous sommes deux personnes différentes et il arrive que nous ne soyons pas d’accord, mais on peut discuter sans que l’ego rentre en jeu. Du moment qu’il y a du respect pour l’autre personne, tout se passe bien, ce sont les bases des relations humaines.
Justin : Je crois que ce qui fait que ça se passe bien, c’est que quand l’un propose quelque chose et le pose sur la table, l’autre le rejette en disant j’ai déjà vu ça quelque part. Du coup, c’est très facile, ça nous aide à être originaux dans nos idées. Mais du moment que cela colle avec l’histoire et les personnages et que c’est quelque chose que n’avons jamais vu auparavant, nous sommes d’accord. Je crois que c’est la raison pour laquelle Resolution marche et que les gens l’apprécient autant. C’est unique, c’est nouveau, c’est frais.
Aaron : Nous ne sommes pas parfaits en tant que personnes et en tant que réalisateurs. L’idée de deux réalisateurs c’est aussi pour être sûrs que nous faisons les bons choix. Mais ce n’est pas qu’une sécurité, ou deux partis qui se complètent, mais il y a de ça.
Justin : Dans le cinéma, peut-être plus que dans d’autres formes d’art, c’est tout à fait acceptable de dire j’ai fait ce film en m’inspirant de Godard, Fellini ou autre et tu avoues que tu as pillé des idées à un autre. Tarantino dit tout le temps que ses films sont des hommages à d’autres. Mais si Aaron et moi même nous avions fait ça, nous serions morts à présent car on se serait entretués.

Ce qui est rafraichissant c’est que vous utilisez les stéréotypes mais immédiatement après vous les anéantissez, comme la femme dégénérée à la fenêtre qui pourrait sortir de Délivrance, le décor peut rappeler Evil Dead
Aaron : A la base, il n’y en avait pas autant quand Justin écrivait le scénario. Il avait une idée assez radicale pour ce qui est de ces personnages qui pourraient n’être que des additions superflues à l’histoire, des codes du film d’horreur dont le but est de désorienter. Mais si on les enlève, on perd le ton et l’ambiance, l’histoire en revanche reste la même. Il avait cette idée que si on en mettait plein dans le film, les gens ne se concentreraient sur aucun. Il y en a neuf ou dix et on ne sait pas ce qu’ils deviennent, où ils vont. Je trouve cette idée très nouvelle. C’est quelque chose qu’on retrouvera dans nos autres travaux.

Quels liens faites-vous entre tous ces personnages, du manchot qui boit sur une photographie jusqu’au Français qui habite dans un mobil-home?
Il y a un lien entre eux tous. D’une part, ils racontent tous une histoire complète, le début, le milieu et la fin. Ce sont de véritables antagonistes. Ils sont tous également dans des états de conscience altérés, ce qui les aide à comprendre  ce qui est au cœur du film. Ils sont tous capables de par leurs états de comprendre ce qui leur arrive. Chris en fait aussi partie.

 

Les dialogues sont excellents, vous les récitez à haute voix quand vous les écrivez?
Justin : Quand j’écris des dialogues, j’essaie de trouver un équilibre entre la façon dont les personnages sonnent dans le film et la façon dont on parle dans la vraie vie. Parfois les dialogues ne sont là que pour faire une blague, à d’autres moments ils aident l’histoire à avancer. Mais ce qui est important surtout, c’est de ne pas avoir l’impression d’avoir déjà entendu telle ou telle phrase dans un autre film. Cela me rend phobique, même si c’est une phrase très simple. Ce que l’on fait aussi pour l’aspect le plus naturel possible, c’est qu’on répète le plus longtemps possible avec les acteurs. Il y a eu des mois de répétition. Certains dialogues de Chris, quand il est vraiment dans un état altéré, viennent d’un accro au crac avec qui je partageais un mur. Je l’entendais à travers le mur alors que j’écrivais le script.
Aaron : J’aime cette histoire, de te voir écrire avec le type d’à côté qui hurle.

Vous devriez en faire quelque chose.
Hé bien nous en avons fait un film, Resolution!
Justin : Un jour il a juste disparu. Après la première du film à New York, je suis revenu chez moi. Sur sa porte, il y avait un papier pour qu’il paie son loyer. Il a disparu sans jamais revenir et sans payer son loyer.
Aaron : Tu ne trouves pas ça étrange que ça ait eu lieu à la première du film?

Pour les acteurs, vous aviez une technique particulière pour qu’ils donnent autant?
Notre technique c’est beaucoup de répétitions. Nous ne croyons pas aux astuces ou ce genre de choses. Un autre réalisateur avait dit que 90% du boulot de réalisateur c’est un bon casting. Et c’est vrai, si tu trouves le bon acteur, ton travail devient si facile. Il y a un mythe comme quoi les réalisateurs prendraient les acteurs pendant une heure et leur chuchoteraient des mots magiques. Ce n’est vraiment pas ça. Mais c’est plus comme un ingénieur informatique. Des choses toutes simples : Dis le plus fort! C’est aussi banal que ça, du moment que tu as des acteurs de talent.
Justin : Nous avons été chanceux. Personne n’a entendu parler de Pete et Vinny mais ce sont des acteurs très entrainés, Pete en particulier. Il est si entrainé que chaque prise est bonne dès le début. Tu regardes quelqu’un qui a une conversation, tu ne regardes pas un acteur en action. Sur le plan interne, il était parfait, mais aussi physiquement. Vinny est un génie, il ne sait même pas ce qu’il fait et c’est excellent. Il utilise tellement son imagination.
Aaron : Nos prises sont très longues, dans les six minutes, nous tournons souvent la séquence en entier. Une fois je demandais au gars du son s’il n’en avait pas marre de tenir le micro aussi longtemps et il a dit : « Honnêtement je ne m’en rends même plus compte car ils sont tellement dedans que je me moque de les voir refaire la même scène dix fois d’affilée ». A des moments, nous nous disions, nous sommes en train d’assister à du très bon théâtre en continu.

Et le nom Michael Danube?
Justin : Je pense que les noms des personnages sont quelque chose auquel il faut prendre le temps de réfléchir. J’aime bien connaître un peu plus sur les personnages et leur famille juste par le biais du nom.
Aaron : Les noms des personnages dans Grandes Espérances sont vraiment excellents.
Justin : Mais pas dans ce film.

Tout le monde riait quand son nom a été prononcé.
Dans la version originale du scénario, quand les dealers viennent frapper à la porte, j’aimais juste le fait qu’ils appellent le nom de Danube. C’est de là que ça vient en fait.

 

Hier quand vous avez introduit le film, vous avez dit qu’il n’y avait pas de nénés dans le film.
Mais il y en a un. Tu l’as trouvé ?
Aaron : C’est dans les photos en noir et blanc. On y voit un sein poignardé.
Justin : Avant chaque projection, nous nous en excusons parce que nous avons eu une ou deux personnes qui s’étaient senties offensées parce qu’il n’y avait pas de seins et pas beaucoup de sang et d’effets spéciaux.
Aaron : Ce n’est pas un film d’horreur traditionnel mais le film est généralement projeté dans des festivals de films d’horreur.
Justin : Cela nous fait rire de nous en excuser. Mais cela n’a pas été volontaire ou conscient. Pour nous, cela aurait été irrespectueux d’avoir une scène avec de gros effets spéciaux où cela ressemble à de la sauce spaghetti. Je n’aimerais pas voir Alien sans la scène où l’alien est éjecté de l’estomac. Mais il n’y avait pas de moments comme cela dans Resolution. Peut-être que dans notre prochain film, il y aura une scène avec de gros effets spéciaux. Peut-être. Si cela fonctionne avec l’histoire.

Je disais cela parce que par exemple quand John Boorman a projeté Délivrance aux gars de la Warner, ils sont sortis blêmes de la projection non pas à cause de ce qui se passe dans le film mais parce qu’il n’y avait pas de femmes dans le film, et quand il n’y avait pas de femmes dans un film, cela voulait dire que ça allait être une catastrophe au box office.
Aaron : Mais ils n’avaient pas lu le scénario? Je les aurais plutôt imaginés du style, eh bien nous avons de la violence et du sexe!
Justin : Dans les trois prochains films que nous allons faire, il y a vraiment une belle imagerie érotique de la femme. Il n’y a jamais de femmes torturées ou de violence à l’égard des femmes mais il y a beaucoup d’érotisme et de femmes nues. Il n’y a rien d’unique dans le fait d’avoir une femme torturée en train de crier, ça a été fait maintes et maintes fois.
Aaron : Mais il n’y a rien d’unique dans la nudité féminine?
Justin : Je trouve qu’il y a toujours quelque chose d’unique dans la nudité féminine. C’est vrai que c’est dommage qu’il n’y ait pas de femmes dans Resolution.
Aaron : Il y en a.
Justin : La superbe femme au début, la folle à la fenêtre.
Aaron : Master & commander (De l’autre côté du monde) a été un désastre à cause du manque de femmes dans le film, d’après ce que l’on m’a dit. Il n’y en a qu’une.

L’idée de la réserve indienne, c’était une référence à d’autres films?
Justin : La réserve indienne était un élément rajouté pour créer plus de tension dans l’histoire. Et car tous les films de cabanes dans les bois se passent généralement dans les forêts de Virginie. Je ne sais pas s’il y a des réserves indiennes en Virginie mais en Californie du Sud, c’est inévitable. Cela ajoute une tension. En jouant aussi avec les codes de l’horreur au cinéma, que ce soit Poltergeist, Shining, il y a toujours une réserve indienne quelque part.
Aaron : C’est pourquoi ils sont terrifiants.

Justin : Ce n’était pas une critique. C’est juste que nous adorons dérouter nos spectateurs. Donc bien sûr que nous jouons sur les attentes. Car nous savons que dès que les Indiens débarquent, certains spectateurs se disent : ah, c’est probablement un esprit indien qui se venge. Je n’aurais pas voulu non plus que les gens se disent : ah, mais c’est un Démon de la Bible ! La plupart des Indiens n’ont pas de Bible.

Être des réalisateurs indépendants… En dehors des aspects financiers, quels sont les principaux avantages et désavantages?
Aaron : Le contrôle. Car tu n’as pas à répondre à d’autres personnes. Ce n’est pas que nous avons un problème avec l’autorité, c’est juste que Resolution est dur à vendre aux personnes avant de l’avoir fait. A présent que c’est fait, tu peux le montrer et les gens se disent : Ah je vois, j’ai compris. Les désavantages, c’est que j’aurais voulu payer l’équipe trois fois plus que le tarif normal. Si nous avions ramené plus d’argent pour le film, nous aurions dû rendre des comptes à quelqu’un.
Justin : Aucun d’entre nous n’est marié ou n’a d’enfants ou des responsabilités financières pour l’instant, donc nous pouvons vraiment nous consacrer pleinement au fait de faire les films qui nous tiennent le plus à cœur. Dans le futur, nous espérons trouver un équilibre entre gagner notre vie et faire ce qui nous plait.
Aaron : Il faut aussi payer ma Ferrari, mon pilote d’hélicoptère…
Justin : Mais nous ne voulons pas non plus nous retrouver avec des budgets trop élevés car nous ne voulons pas faire trop de compromis. On ne peut pas en vouloir aux gens de vouloir protéger leurs investissements. Mais ces personnes vont vouloir que tu fasses quelque chose qui va ressembler à quelque chose qui a été fait avant et qui a rapporté de l’argent. Du coup, tu ne pourras pas faire quelque chose d’unique.
Aaron : Nous savons que le chemin à suivre n’est pas Resolution puis un film à gros budget. Ce qui est important, c’est que quelque soit ce que tu fais, fais le bien. Ce n’est pas que nous nous méfions des gens qui ont de l’argent, mais il faut qu’ils te fassent confiance.
Justin : Les frères Coen sont un bon exemple. Ils semblent faire ce qui leur plaît. Un personnage est tué, on ne le voit plus, plus personne n’en parle. Comment c’est possible dans No Country for old men qu’il n’ait pas tué ce type et que l’on ne le revoit plus par la suite ? Pourquoi n’est-il pas en fuite dès les cinq premières minutes ? Ces types ont à présent gagné le droit de faire ça et cela donne des films meilleurs.

 

Vous avez parlé de trois nouveaux projets. C’est trop tôt pour en parler ?
Aaron : Strata est notre prochain projet. C’est le plus gros. C’est sur un ancien des forces spéciales et un éco-biologiste drogué qui sont envoyés dans une mission en Europe de l’Est. Ils prennent un Natif très étrange pour guide. C’est très drôle car ils apprennent très vite qu’ils se détestent. Ils partent dans les montagnes des Carpathes. Alors qu’ils accomplissent leur mission, ils tombent sur ce qu’ils pensent être un château abandonné du XIVe siècle. Dans la tradition du thriller et du film d’horreur, ils se retrouvent emprisonnés à l’intérieur. C’est là que notre style Resolution se met en place. A ce moment là, tout devient sanglant et excitant. C’est aussi terrifiant que c’est drôle ou dramatique. La différence c’est que c’est un anti-buddy movie car il y a tant de haine entre eux deux.
Justin : Un autre projet c’est Spring, sur un jeune homme qui traverse quelques bouleversements émotionnels, il fuit les USA pour l’Italie où il rencontre une fille qui a un secret très sombre. Durant les deux premiers tiers, le public se pose des questions : est-elle un vampire ? Un loup garou ? C’est une histoire sur les relations humaines monstrueuses qui peuvent devenir quelque chose de plus littéral. Un autre projet est dans mon logiciel Word : Show down at the Cataclysm. C’est une histoire sur un cowboy androïde durant les derniers jours de la Terre, sur les traces de son Créateur pour se venger. C’est entre le film de vengeance, le western spaghetti et c’est très amusant.

Vous jouez toujours avec les genres.
Aaron : Nous faisons toujours des films sur des films d’une manière ou de l’autre. Tout simplement parce que nous aimons tellement le cinéma.
Justin : Nous rendons hommage avec notre style curieux et indirect. Voir l’opposé d’un film dans notre film c’est aussi une manière de rendre hommage.
Aaron : C’est pourquoi on s’amuse tellement dans les festivals de cinéma car les gens qui assistent aux films ont déjà une bonne connaissance des genres avec lesquels nous jouons. Et cela se passe toujours très bien.

Resolution peut être d’ailleurs vu comme une réflexion sur le pouvoir des images, la fascination qu’elles exercent. Quand la réalité devient une image, elle devient presque irréelle. C’est une réalité qui ne l’est plus.
Aaron : On nous a demandé une fois : Y a-t-il quelque chose de terrifiant inhérent au cinéma, aux vieilles images. Je ne crois pas aux fantômes mais s’il y a quelque chose qui se rapproche d’un fantôme c’est bien le cinéma. L’image, l’enregistrement qui reste…

C’est toujours un sentiment étrange quand on écoute un disque très ancien.
Justin : Aujourd’hui dans le cinéma d’horreur à petit budget, il y a une fétichisation du lo-fi. Dès que quelque chose ressemble à de l’analogique, que ce soit de la vidéo, du 8 mm, les gens trouvent ça terrifiant. Resolution est un film de found footage mais qui ne ressemble pas à de la merde. La photo d’Aaron est si belle tout en donnant l’impression d’être naturelle. Cela m’impressionne tellement, je pourrais dire honnêtement que c’est le film de found footage à l’apparence la plus belle de tous les temps (rires). Je sais que ça met la barre un peu haut mais je suis très fier que ce soit si beau en termes de photo. Nous avons tout fait, les photos, les films en 8mm, c’est ce qui fait visuellement la différence. Ce n’est pas photographié non plus comme un film hollywoodien, c’est ce qui est intéressant. On ne peut pas s’imaginer comme c’est difficile de faire croire à un éclairage naturel tout en ayant une belle image, sans que l’on s’en doute.

Merci et bonne chance pour tous vos projets!
Justin et Aaron : Merci à vous!

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