7 Weeks – interview (Pt. 1)

10 Nov 16 7 Weeks – interview (Pt. 1)

Après quelques remous internes, le projet rock français 7 Weeks renaît. Et comment. Son binaire lourd se fait plus moderniste sur A Farewell to Dawn, enthousiasmante collection de créations originales directes et aux atmosphères prenantes. Un concentré de savoir-faire, porteur de vision et de style, et recouvert d’un visuel signé Lionel Londeix. Après Carnivora et le format EP Bends, les deux fondateurs Jeremy Cantin-Gaucher (batterie) et Julien Bernard (chant, instrumentations) réinventent un mode opératoire et fixent une des collections de mélodies les plus saisissantes du projet. Le tout avec l’aide, pour le studio, de Shanka (No One Is Innocent) et de Francis Caste (ingénierie du son).

Photos : Ardonau
En concert le 12/11/2016 à La Fourmi – release party (Limoges – 87)

Obsküre : En ce qui me concerne, A Farewell to Dawn est le disque d’un noyau dur : celui constitué par les deux fondateurs et membres permanents. Fixe-t-il, quelque part et pour aujourd’hui, une idée absolutiste du son que vous imaginez pour le groupe ?
Julien Bernard :
Une certaine idée jusque-là jamais atteinte certainement, mais absolutiste je ne pense pas. Jérémy et moi sommes par nature assez peu « absolutistes » et surtout pas définitifs. On cherche, on se remet toujours en question.

Le texte de « The Ghost beside me » peut résonner en chacun. Le phénomène de l’inspiration à sa source, déjà décrit par vous lors de certaines entrevues et qui évoque une forme de dédoublement de soi, est-il l’angle d’attaque premier qui vous a fait accoucher du texte ? Ou alors, est-il possible de voir à l’intérieur l’évocation d’une absence, un être inatteignable ?
Oui, ce texte est en plusieurs points symbolique, il reflète effectivement ma vision de l’inspiration en tant que présence : cette force sinistre et lourde à porter qui peut animer mes textes – mais je ne peux m’empêcher de le relier aussi à certaines personnes du groupe, qui étaient là sans l’être.
Quant à l’absence… je n’y avais pas pensé. Mais oui c’est possible. Peut-être que l’inspiration c’est chercher un autre soi, donc impossible. Un peu schizo non ?

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Les explications que vous avez données sur le site des Furieux quant au texte de « January », cette tendance à vouloir exister à tout prix par le commentaire sur les réseaux sociaux, renvoie à la perversion entretenue par ces derniers : créer une éternité au service du subjectif, sans considération pour la valeur ou le fond du commentaire. Personnellement, j’y vois la tendance ouverte d’une société à se perdre dans l’émotion au détriment d’une construction raisonnée ou disons, apaisée des idées. Vous, qu’y voyez-vous et comment expliquez-vous cette tendance déchaînée de l’individu à vouloir laisser une microtrace sur le web, notamment à chaque fois qu’un message ou une information sollicite son émotion ?
Sur cette entrevue, j’avais expliqué les textes par le biais de la symbolique du clip qui porte sur le côté pathétique qu’il y a à vouloir laisser une trace sur les réseaux sociaux, cette tendance comme tu dis à faire passer la forme avant le fond, la photo avant le regard.
Le texte de « January » va encore plus loin, il est très amer. J’ai toujours eu un sentiment de gène face à l’emportement « à chaud », c’est tellement dangereux. Je vais te dire quelque chose : mettons les points sur les i, j’ai grandi en lisant la presse BD : L’Echo des Savanes, Fluide Glacial, Mormoil, Charlie… j’ai lu Hara-Kiri, suivi Coluche, Cavanna, Desproges. Par contre, je n’étais pas fan de Charlie Hebdo. Et puis je suis musicien de rock, je vais aux concerts et j’ai été comme tout le monde horrifié de ce qui s’est passé. C’est une évidence.
Mais pour moi on ne peut pas s’unir tout d’un coup en grandes pompes et dire n’importe quoi sur la géopolitique, les religions, les communautés alors que juste avant, tout le monde savait à peine placer la Syrie ou l’Irak sur une carte et ne se sentait concerné par ce qu’il s’y passe. Qui peut évaluer le tragique ? Qui peut donner une échelle de la souffrance ? Personne à part les émotions, et il n’est pas possible de juger avec ses seules émotions.
« January » parle de ça, de ce qui commence avec le besoin de se mettre en avant, la banalisation de la pauvreté d’expression et d’intelligence, du manque de respect et de dignité ; et enfin, des prises de positions sur des situations que l’on ne maîtrise pas. Tout ça part d’un article qui expliquait qu’un sentiment d’unité nationale basé sur la douleur avait toujours été le terreau politique favorable au déclenchement des guerres. On y est.

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Le contraire de cette affirmation de l’ego par le commentaire instantané, c’est un privilège accordé au temps et au silence : celui qui résulte du doute et qui correspond, espérons-le, à une réflexion. Dans le travail sur la musique comme dans vos vies de manière générale, le doute vous semble-t-il un élément d’importance croissante ?
Le doute est source de perfectionnisme je pense, ça nous anime beaucoup. Nous ne considérons jamais la composition, le son, le style comme quelque chose de figé, tout comme les expériences de tournée et de studio.
Je suis contre l’intellectualisation et l’élitisme de la musique, par contre en tant que musicien je passe beaucoup de temps à réfléchir à la musique et quand on réfléchit, on se pose des questions. Nous n’avons pas le melon par rapport à ce que nous faisons je pense – nous serions un brin complexés, plutôt. Nous aimerions faire mieux à chaque fois, par contre le groupe reste hyper exigeant sur les moyens à se donner pour faire au mieux. Nous sommes des musiciens, nous sommes là là pour jouer de la musique avant toute chose ; et ce, de la meilleure manière possible.

> 7 WEEKS ONLINE
Site officiel
FB officiel

> 7 WEEKS RELEASE PARTY
– Soirée organisée pour la sortie de A Farewell to Dawn

Organisé par F2M Planet et l’association L’Art Scène
Samedi 12/11/2016 @ La Fourmi (Limoges – 87)
7 WEEKS LIVE + guests : Dirty Rodeo + Red River Stone

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