Atari Teenage Riot

25 Mai 11 Atari Teenage Riot

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #4, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Alec Empire, seul membre d’origine des revenants Atari Teenage Riot, à l’occasion de la sortie du nouvel album Is this hyperreal ? (Digital Hardcore Recordings). Réinventant au passage les contours d’une violence éteinte au début du siècle, le groupe comprenant l’ancienne membre Nic Endo opère aujourd’hui sans Hanin Elias, ce qui ne l’empêche pas d’avoir réussi son retour. Le disque fait son effet, ATR semblant reparti comme en quarante.
Photo : Franck haudrechy (www.photosonore.com)


Sur Is this hyperreal ?, vous avez renouvelé cette espèce de groove industriel et répétitif. Il y a aussi un aspect très organique à travers l’espace donné aux sons de guitare, par exemple, ou encore dans la dynamique générale. Comment définiriez-vous l’intention générale de cet opus ?

Alec Empire : Nous avons voulu créer une courbe dynamique qui donne un album passionnant à écouter dans son ensemble. Nous avions écrit vingt-et-un morceaux mais nous ne trouvions pas nécessaire de les exploiter tous d’un seul coup. Il reste donc du son à venir, et cela ne fonctionnerait pas aussi bien si nous avions décidé de tout publier d’un coup. In this hyperreal ? est construit comme un bon film d’action. Les scènes d’explosion sont là pour te souffler visuellement… mais ce serait ennuyeux si tout le film était comme ça. Imagine un Transformers dirigé par Tarantino, pense aussi à Blade Runner, et projette ça dans un immense entrepôt rave avec des milliers de personnes sombrant dans la folie.

Quelle est cette « décroissance numérique » qu’évoque « Digital Decay » ? Notre obsession technologique nous a-t-elle coupés de quelque chose d’essentiel?

« Digital Decay » est une expression utilisée pour décrire un avenir dans lequel les gens se détournent de l’utilisation de l’Internet parce qu’il est trop contrôlé par les gouvernements et les grandes compagnies. C’est une chanson sur l’activisme hacker, essentiellement.

Qu’est-ce qui a apporté du sang dans les yeux de Nic, via « Blood in my Eyes » ?

Le sang est une métaphore pour deux choses, à titre essentiel… « Pleurer le sang » peut signifier que les larmes normales ne suffisent pas à décrire la tristesse et la rage qu’on ressent. Mais c’est aussi le sang réel qui frappe le visage de Nic dans l’histoire de la chanson. Elle décrit un scénario où la vengeance d’une fille qui est forcée à la prostitution tue le violeur. Je pense que cette chanson se démarque vraiment sur le nouvel album.

L’image de Nic Endo est mise en avant sur les visuels servant Is this hyperreal ?

Nous avions un concept différent pour l’artwork au début. Au cours de la séance photo il y a eu un cliché caressé par une réflexion de la lumière. Nous avons trouvé ça assez spécial. Nic a donc pris le temps nécessaire pour faire une séance photo spéciale à partir de cette idée. L’image est plus une émotion qu’une information, ce moment où votre cerveau relie les points… un moment que beaucoup de gens nous décrivent comme proche d’une partie de nos concerts, après que les gens ont écouté de la musique d’une oreille différente parce que leur esprit a compris la musique d’une manière plus libre et moins « dogmatique ». Nous croyons que la musique pop asservit les gens, leur offre une grille. Nous le savons aussi de la musique sacrée, de la musique militaire, de la musique de publicité et ainsi de suite … la musique est censée faire en sorte que les gens se sentent partie de quelque chose, en synchronisation avec de nombreuses autres personnes. Il n’y a pas beaucoup de différence entre les soldats qui marchent sur fond de musique militaire, l’achat des consommateurs dans un grand supermarché sur fond de musique facile ou des personnes à un concert de rock qui portent des vêtements semblables et dansent sur la même chanson. Nous troublons cette grille avec notre musique. Et lorsque nous sommes confrontés au danger de devenir une partie de la grille, nous nous transformons, nous changeons de cap. Cela peut causer certains malentendus parmi les fans hardcore, mais c’est la façon dont nous le faisons.

Quel rôle a joué le nouveau membre CX KiDTRONiK dans la fabrication de l’album ? Avez-vous pris, vous trois, une part égale dans ce travail ?
Dans ATR il n’a jamais été question d’œuvrer « à parts égales », surtout parce que j’écris et que je produis toute la musique. CX est nouveau dans le processus, il doit grandir en lui et sera amené à participer davantage. Nic Endo, elle, a pris en charge la musique à un niveau inédit. Vocalement, sa gamme est très variée et offre une diversité et une énergie que nous n’avions sur aucun des albums antérieurs.

Le feeling s’avère très punk dans l’attaque, parfois. Dans le même temps, la forme reste très technologique / numérique, comme sur « Codebreaker ». Comme les précédents opus, celui-ci avait-il pour ambition de brouiller voire de casser les codes ?
La combinaison ou le contraste entre corps et machine a toujours été important dans ma musique. Chaque album que j’ai pu faire, porte cela. Parfois c’est visible, parfois plus caché. Nous avons de nombreux nouveaux fans, et nous continuons à en gagner de nouveaux, tandis que les plus anciens ou ceux qui connaissent tous les enregistrements n’aiment pas découvrir le sempiternel même album. Bien sûr, ça a une influence, mais il ne s’agit pas pour nous de réflexion stratégique, cela a plus à voir avec le fait que je m’ennuierais si je faisais toujours la même chose. Je suis mon propre public, d’une certaine manière… Je pense que les genres ont été inventés par l’industrie de la musique pour vendre des produits. En réalité, ils n’existent pas vraiment, parce que la musique est constamment en mouvement et passe de genre en genre afin d’innover.

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